Sur la route de la Vallée de l'Orkhon

Comme toujours, le trajet fait pleinement parti du voyage...

Quittant Kharkhorin, on bifurque vite du bitume pour aller dans la pampa. Ah pardon, il y a quand même une route de terre, quelque peu chaotique...! Comme les jours précédents, il fait un grand soleil, ce qui fait oublier le froid (du moins tant qu'on reste dans le van !).
On croise rapidement 2 mongols sur le bord de la route qui nous font signe de nous arrêter : leur moto est tombée en panne. Ni une ni deux, Zorigoo sort sa caisse à outils, et en moins d'une demi-heure les deux motards ont réparé leur destrier !
On longe la rivière Orkhon, à travers un paysage semi-désertique où des restes de coulées de lave sont visibles. C'est assez époustouflant.
Pour le déjeuner, on s'arrête chez un autre guide de Randocheval à Bat Ulzzi, un petit village dont l'air est bien pollué par le chauffage au charbon (comme à mon avis toutes les villes de Mongolie...).
Puis le paysage démesuré continue, avec en prime la traversée en voiture de l'Orkhon gelée : petits souvenirs du Canada !

Bienvenue chez Tuvana

Dès que je descends du van, je sens tout de suite que les prochains jours vont être au top : les gens qui nous accueillent ont l'air adorables ! On a à peine posé nos affaires dans notre yourte (de filles : partagée entre Hélène, Dulguun et moi) que Tuvana nous propose de venir avec lui ramener les yacks. A cheval bien sur !

Il y a 3 yourtes dans le camp : celle de Tuvana (le père), Ariunaa (la mère), Byamba (la fille) et Lhavgasuren (la petite fille de quelques mois), une autre pour la grand-mère et enfin une pour les personnes de passage (nous quoi). Et quand on demande où sont les toilettes, on nous répond : "tu en as partout dehors !". Bon ok, on va chercher un caillou derrière lequel se cacher alors !
En plus des balades à cheval et les "festivités" pour le Nouvel an Lunaire (voir plus loin), on a pu participer à la vie quotidienne : confection de "buuz" (les raviolis à la viande), essai de la traite des femelles yacks (pas très facile avec leurs tout petits pis !).

Anecdote nocturne : les mongols ont une tolérance bien supérieure à nous concernant les températures extrêmes. En effet, les poêles à bois sont très basiques : ils fournissent beaucoup de chaleur pendant une heure ou deux, puis ils ne servent plus à grand chose. On peut donc se retrouver avec une yourte chauffée à 35°C alors qu'il fait aux alentours de -20°C en dehors et qu'on est habillés en conséquent ! Idem la nuit où on prévoit des couvertures et/ou un bon duvet pour ne pas avoir froid. Mais quand la gentille dame décide de bien faire et de blinder le poêle de bois un peu après qu'on se soit endormies, on se réveille en suffocant peu de temps après ! On s'est donc retrouvées sur le pas de la porte avec Hélène pendant 1h vers minuit, le temps que la température redevienne supportable pour dormir... Et pendant ce temps là, Dulguun dormait sans problèmes ! Une question d'habitude on dirait...
Mais du coup, j'ai pris les choses en mains pour les nuits suivantes : je me suis réveillée toutes les 1h30-2h pour remettre un peu de bois dans le poêle (mais pas trop) avant que le feu ne s'éteigne et qu'il fasse trop froid dans la yourte.

Tsagaan Sar et portraits

Ce paragraphe va être un peu long mais il y a as mal de choses à dire...

J'avais décidé de partir pour le Tsagaan Sar -le nouvel an mongol-, l'une des 2 fêtes les plus importantes en Mongolie (l'autre étant le Naadam en Juillet). "Tsagaan Sar" signifie "la lune blanche" (ou "le mois blanc") car, si mes souvenirs sont bons, c'est un mois (lunaire) sacré commençant avec la nouvelle lune montante et qui marque la transition entre l'hiver et le printemps et donc le renouveau. Effectivement cette année, les températures ont été très clémentes les 2 jours qui ont suivi ce jour : il a fait 0°C et je crevais de chaud !

Contrairement à chez nous, la veillée du Nouvel An est calme. Après avoir nettoyé et rangé la maison (et accessoirement s'être lavés : ça n'arrive pas tous les jours dans la steppe, autant s'y habituer et profiter des occasions quand on le peut !), la soirée se passe tranquillement en famille (au sens minimaliste du terme). Ce n'est que le lendemain où les festivités commencent, c'est à dire les visites des membres plus ou moins éloignés de la famille habitant autour.
Mais les préparatifs du Tsagaan Sar se font des jours en avance : préparation de l'arrière de mouton cuit à la vapeur, confection de centaines de raviolis pour les gens de passage, et réalisation d'un montage de gâteaux secs traditionnels montés en étage. Ce dernier se fait la veille et reste en place comme offrande généralement durant 3 jours.

Au matin de la première journée de la nouvelle année, il faut se lever avant le soleil pour voir ce dernier se lever et faire la prière et les offrandes adéquates. Ensuite, les visites peuvent débuter... Mais pour cela, il faut se vêtir de son plus beaux deel ! Le deel (se prononce "dèl") est le vêtement traditionnel mongol : long avec un tissus en guise de ceinture, et rembourré avec de la laine pour celui utilisé en hiver. Grâce à cette ceinture et à des attaches en haut, on peut y cacher plein de choses sans avoir de poches... pratique !

On a du se déplacer chez une 10aine de familles sur les 2 jours, mais les mongols continuent plus ou moins pendant tout le mois. Chaque visite est très protocolaire et il faut goûter à tout ! (ou au moins tremper les lèvres) En arrivant, on commence par aller saluer le maître de maison, qui attend assis dans la partie Nord de sa yourte (au fond), puis on salue les autres membres de la famille présents. Pour cela, on soutient les bras de la personne que l'on rencontre s'il est notre aîné, sinon c'est l'inverse. Ça a occasionné quelques moments de flottements avec nous qui ne connaissions personne ! Difficile de déterminer les âges des fois.
L'étape suivante consiste à manger et à boire. Plus ou moins dans l'ordre : produits laitiers (lait de yack/vache ou lait de jument fermenté, fromage), sucreries, viande (vous savez, le croupions de mouton qui trône toute la journée au milieu de la yourte ?!), quelques fois des raviolis à la viande, et enfin les boissons alcoolisées (breuvages fermentés ou du vin, et toujours de la VODKA).
Autant dire qu'avec tout ça, on termine souvent plein (de nourriture et d'alcool) avant la fin de la journée ! J'adorai les raviolis à la viande au début, mais je suis vite arrivée à saturation. Et que dire de la vodka à 35-40°... c'est déjà hard en pleine journée, mais alors plusieurs fois de suite même à juste tremper les lèvres ça devient difficile ! Surtout que l'on nous propose généralement plusieurs tournées dans chaque famille... En bref, ce fut un fort moment gastronomique ! ;-)
Mais les gens ont tous été très gentils, accueillants et souriants, ils semblent très heureux de voir des touristes venir pour cette fête. J'ai néanmoins senti que les femmes étaient bien plus en retrait. Les discussions se font en général entre les hommes puisque ce sont eux qui se déplacent. Mais heureusement, on avait Dulguun comme interprète !
Dernier rituel pour ce nouvel an : les hôtes offrent toujours quelque chose aux personnes qui viennent les visiter, nous inclus. J'ai été assez gênée de recevoir à chaque fois un petit présent (argent et gâteaux généralement) et de ne rien donner en retour.

Je pense avoir fait le tour des explications et anecdotes pour le Tsagaan Sar 2016. Maintenant, place aux photos car j'en ai bien profité avec tout ce beau monde et ces beaux habits !

Balades, chutes de l'Orkhon

Pour terminer, voici quelques photos des balades à cheval. Tuvana nous avait passé ses 2 meilleurs chevaux d'après lui, et on peut dire qu'ils avaient une patate d'enfer. On voyait qu'il en prenait bien soin, contrairement à d'autres chevaux que j'ai pu monter durant ce voyage...
Ses chevaux sont tout petits, mais ils ont un super mental et un très bon entrain. Le mien (ils n'ont pas de noms) avançait généralement au petit trot en vitesse de croisière : ça m'a fait les abdos ! Et quand un mongol (qui voit passer beaucoup de touristes) te dit que tu montes très bien à cheval, ça fait énormément plaisir ! Il faut dire aussi que j'aime beaucoup leur caractère semi-sauvage mais pas du tout fourbe.

La veille du Tsagaan Sar, on est allés jusqu'aux chutes de l'Orkhon, 16 mètres de haut pour 5 mètres de large. Ces chutes se sont formées il y a 20.000 ans à la suite d'une combinaison unique de tremblements de terre et d'éruptions volcaniques. C'est un endroit phare de la vallée, mais elles manquaient d'allure en hiver... Par contre la balade pour aller jusque là bas (30 km aller/retour, 4h à cheval en tout) était super agréable ! Les températures commençant à être assez clémentes (mais sans avoir trop chaud comme les jours qui ont suivi), les steppes immenses à couper le souffle et des galops à n'en plus finir. Une bonne définition du bonheur pour moi...

On a également filé de temps à autre un coup de main (bien que Tuvana n'en ait pas du tout besoin) pour ramener les yacks au campement pour la nuit. C'est quelque chose qui m'a toujours fait rire tellement je trouve ça insolite !

Enfin le matin avant de partir, on a fait une dernière sortie d'une heure... sous la tempête de neige ! Ça a été assez difficile de quitter cette famille, une vraie pépite pour Randocheval. Il faut avoir une gentillesse infinie pour réussir à être toujours aussi accueillants après avoir vu passer autant de touristes, sans tomber dans le seul côté business. Merci Tuvana, Ariunaa et l'adorable Byamba.