Lisbonne - quartier de l'Alfama

Il me faut un peu moins d’une heure pour rallier l’aéroport de Lisbonne, avec en point d’orgue la traversée du pont Vasco de Gama, tout simplement le plus long pont d’Europe avec ses 17,2 km, dont quasiment 13 enjambant l’estuaire du Tage. Il a été ouvert en 1998, juste avant l'exposition universelle de la même année qui célébrait le 500ème anniversaire de la découverte de la route maritime vers l'Inde par Vasco de Gama. Bien que très longue, sa tra traversée n’est pas super impressionnante, et en plus il y a un péage aux extrémités…

Voilà, la voiture est rendue à l’agence de l’aéroport (merçi, petit Clio) et, pour rejoindre la ville distante de 8 km, rien de tel que le métro, dont les lignes sont symbolisées par des couleurs, rapide et efficace (un bon 40 minutes de trajet, changement compris). La carte “Viva Viagem”, rechargeable comme à Porto, s’achète en même temps que le titre de transport.

Je descends à la station Santa Apolonia (de la gare du même nom), et je vais maintenant pénétrer dans le quartier de l’Alfama, où se trouve ma chambre Airbnb. Ah, ce quartier de l’Alfama, c’est sûrement à lui qu’on pense en premier pour s’imaginer Lisbonne! Il fait partie des plus vieux quartiers de la ville, avec la Mouraria et Graça. Il est un des seuls à avoir été épargné par le terrible tremblement de terre de 1755. C’est en fait une colline constituée d’un labyrinthe démentiel de ruelles tortueuses, de venelles (appelées en portugais “becos”) d’escaliers et d’impasses; ça tourne dans tous les sens, ça monte, ça descend… le meilleur est de l’explorer au hasard, car même avec un plan tu aurais vite fait de te perdre et de passer 2 ou 3 fois les mêmes ruelles sans t’en rendre compte! On appelle Lisbonne “lla ville aux 7 collines”, dont la majorité se trouvent à l'est. Alors qui dit collines, dit escaliers qui grimpent, dit forcément points de vue. Et on peut dire que l'Alfama et la Mouraria en regorgent ! Ici on les appelle des “miradouros”, et les panoramas sont sublimes: cette avalanche de toits rouges qui semblent se jeter dans le Tage, avec çà et là une église qui se dessine, c’est comme admirer un tableau de musée!

Et quelle vie dans ce quartier! Les plantes au balcon, le linge qui sèche entre les murs des ruelles, les habitants qui discutent assis sur des bancs, ou parfois se disputent d’une fenêtre à l’autre… Pas de sales commerces de luxe, mais des mini-épiceries de quartier, des boulangeries qui n’ont pas changé depuis 50 ans, des petits restos pas chers et pas touristiques… Bon malheureusement, il y a bien un ou deux “attrape-touristes” çà et là, mais tant qu’il y aura des pigeons, hein…

Ma chambre Airbnb, c’est chez Marisa; une vieille porte en bois au milieu d’une ruelle en escaliers, un corridor menant à un petit patio entouré de quelques petits appartements, et une vue sur les toits de l’Alfama. Je peux dire que je suis vraiment au coeur de ce quartier, et le bruit des voitures ne me gênera pas, dans ce coin il n’y en a quasiment pas qui s’aventurent dans ce dédale! Et Marisa est adorable (ses 2 chats aussi, par ailleurs); elle travaille la journée, mais je la verrai tous les soirs de mon séjour de 4 nuits.

Hé bien, ce premier contact avec Lisbonne est un enchantement! J’ai trouvé un resto format “de poche” dans une rue moins fréquentée, j’ai “traîné” au hasard jusqu’à la tombée de la nuit, vraiment pour m’imprégner de l’atmosphère et de l’âme de l’Alfama; dans un petit bar avec quelques vieux assis sur des vieilles chaises, je goûte une “amarguinha”: c’est une liqueur à base d’amandes, au goût ça ressemble à l’amaretto mais en moins sucré.

Lisbonne - quartier de Baixa

Aujourd’hui, je pars explorer les autres quartiers de Lisbonne. Je descends l’Alfama à pied pour passer à côté de la vieille cathédrale, construite au 12ème siècle sur l’emplacement d’une mosquée. Elle a plutôt l’air d’une forteresse massive. La rue, qui fait un virage en “S” à cet endroit, est souvent prise en photo aussi car le tram passe ici, devant la cathédrale.. Mais la balade en tram, c’est pour demain, je vous raconterai…

Un autre immeuble curieux est la “Casa dos Bicos”, avec sa façade hérissée de pierres taillées en pointes de diamant; j’avais vu une maison comme çà à Ségovie quand j’ai visité la Castille-et-Leon. C’est l’une des rares maisons du coin à avoir réchappé au terrible séisme de 1755. Plus loin commence le quartier de la Baixa; ici, plus rien à voir avec le tracé anarchique des rues de l’Alfama; non, on est dans la partie plate de Lisbonne, la plus basse aussi puisque la rive droite du Tage la longe. Le plan de la Baixa? Un genre de grand rectangle, avec des longues rues droites qui se coupent à angle droit; petits commerces, bureaux et apparts se partagent l’occupation des lieux. Ce quartier a bien morflé lors du tremblement de terre de 1755, il a été repensé, reconstruit par le Marquis de Pombal, l’alter ego portugais du baron Haussmann à Paris.

http://lusitanie.info/2015/04/le-tremblement-de-te... 

L’entrée dans la Baixa ne se fait pas par la petite porte: la majestueuse Praça do Comércio (Place du Commerce), avec ses bâtiments avec des galeries à arcades, est sûrement une des plus belles d’Europe! C’était l'endroit où les biens venant des colonies se vendaient et s'achetaient durant la grande époque où le Portugal finançait d'immenses expéditions au bout du monde, d’où son nom. C’est justement ici que se trouve l’office du tourisme principal de Lisbonne (d’autres dispersés ailleurs). Très efficace, excellent accueil. J’y achète la “Lisboa Card”, qui offre plein de super avantages sur les transports publics (utilisables à volonté, et la gratuité sur pas mal de musées. 3 jours = 39€. Un peu cher, oui peut-être, mais bien utilisé c’est vite amorti, je vous le dis!
Pour vraiment pénétrer dans la Baixa, rien de tel que de passer sous l’Arco da Rua Augusta, cet arc de triomphe de 30 m, bâti pour commémorer le séisme de 1755. Ce n’est pas le réseau de ruelles de l’Alfama, mais c’est pas désagréable de se balader ici. Mais voilà que je tombe sur une hallucinante construction métallique toute en hauteur: j’ai face à moi l’elevador (*ascenseur) de Santa Justa! Construit en fer forgé dans un style néogothique au début des années 1900 par Raoul Mesnier du Ponsard, pour beaucoup de touristes il fait penser à la Tour Eiffel; cependant il ne faut pas écouter les conneries qu’on lit dans certains guides, Gustave Eiffel n'a aucun lien avec cette construction et Raoul Mesnier du Ponsard n'a jamais été son disciple! N’empêche que le trajet, si court soit-il, est un voyage dans le temps et la récompense sur la terrasse, c’est un panorama à 360° sur Lisbonne et le Tage. La passerelle du premier niveau permet de rejoindre la place et la igreja (*église) do Carmo, dont les ruines visibles de loin restent un des principaux témoins de la catastrophe de 1755. Actuellement, elles abritent le musée archéologique du Carmo.

Lisbonne - quartiers de Chiado et Bairro Alto

Les rues commerçantes sont animées, et quoiqu’il y ait de la circulation sur les artères principales, c’est encore supportable… et varié aussi: une voiture, un bus,un tram… mais le plus marrant c’est le nombre étonnant de “tuks-tuks”, ces drôles de petits engins à 3 roues comme on voit beaucoup en Asie; ici ça sert à promener les touristes. Je passe devant le café “A Brasileira”, avec en terrasse la célèbre statue du poète Fernando Pessoa. Plus loin, la Praça dos Camões, une place en forme de triangle avec des immeubles “pombalins” (je sais pas si on dit comme çà…) et une église dont je ne sais plus le nom. On change de quartier à présent: on quitte la Baixa pour explorer le Chiado et le Bairro Alto. Si le Chiado est le coin des magasins élégants, des théâtres et des cafés, le Bairro Alto est le royaume des longues soirées animées; le soir, les restaurants, les bars et les clubs de fado ouvrent et tout le quartier change de visage.

Bien sûr, à Lisbonne il y a les vieux trams, mais on peut aussi circuler en funiculaire ou “elevador”. La ville dispose ainsi de trois funiculaires qui permettent au voyageur comme au lisboète de monter certaines rues escarpées sans trop d'effort (mais si tu veux monter à pied, c’est aussi ton droit!). Je vais emprunter le funiculaire de Bica. C’est le plus récent des trois, sa mise en service date (tout de même) de 1892. L'appareil actuel date de 1927 et il est classé Monument historique depuis 2002. Il remonte la Rua da Bica de Duarte Belo sur 283 mètres pour monter au Bairro Alto. Sa station inférieure est intégrée à la façade. Un petit voyage dans le temps, avec les “ding ding” de la sonnette et des ouvriers de la voirie du quartier qui s’agrippent à ses flancs pour remonter la rue! En haut, le miradouro de Santa Catarina n’est pas loin, avec son kiosque et son panorama sur Lisbonne.

Je vais manger dans la rue où passe le funiculaire, j’ai repéré un petit resto tout simple, un vieux comptoir et quelques tables, aucun autocollant “Tripadvisor” à la porte, c’est ok! Je prends une “bitoque”, un plat typique des petits bistrots portugais; c’est un peu comme un “combinado” espagnol: steak, salade, frites, du riz et un oeuf au plat dessus. Avec une bière, à peine 9€!

Je continue vers le Bairro Alto et arrive sur la vaste Praça dos Restauradores. La place doit son nom à la restauration de l'indépendance qui mit fin en 1640 à 60 ans de domination espagnole . L’obélisque de 30 m de hauteur qui domine le centre de la place a été érigé en l'honneur de la révolution. On trouve également un magnifique bâtiment art-déco connu sous le nom d'Eden Teatro. Au-delà de la place commence l’Avenida da Libertade, les “Champs-Elysées” de Lisbonne, longue de 1,5 km.
Les deux autres funiculaires sont tout près. Celui de Glória relie la place au miradouro de São Pedro de Alcântara, il a été mis en service en 1885. C’est le funiculaire le plus fréquenté de Lisbonne. Et un peu plus excentré, celui de Lavra est le plus ancien et le moins connu de Lisbonne; mis en service en 1884, son trajet est court - moins de 200 m - mais accuse une forte déclivité. Il se trouve au nord de la Praça dos Restauradores.

https://www.youtube.com/watch?v=OQ96bA1goIE 

Retour dans la Baixa avec la Praça Dom Pedro IV, avec sa statue, sa fontaine et son théâtre; cette place est comme qui dirait le “coeur battant” de Lisbonne. Les fêtes, les manifs politiques, c’est en général ici que ça se passe. Sur cette place, un fleuriste aurait offert un bouquet d’œillets à un soldat insurgé contre la dictature de Salazar, le 25 avril 1974, ce qui aurait donné son nom à la “Révolution des Œillets”.

Adjacente à la Praça Dom Pedro IV, la Praça da Figueira (“Place du figuier) vit un peu dans l’ombre de sa voisine; sa création est assez particulière: elle a été construite sur l’emplacement d’un ancien hopital, démoli par le séisme de 1755. C’est un centre important du réseau des transports publics, où l’on trouve le terminus de plusieurs bus et tramways de Lisbonne. En son centre, une statue équestre du roi Joao I. Les gourmands auront toutefois le bonheur d’y trouver l’une des meilleures pâtisseries portugaises, la Confeitaria Nacional, créée en 1829. Au-delà de la Praça da Figueira, l’église São Domingos, du 13ème siècle, a été détruite en 1755 (il a pas fait dans le détail, ce foutu tremblement de terre!); reconstruite, le sort semble s'acharner car en 1954, un incendie détruit une grande partie de la décoration intérieure. De nouveaux travaux sont effectués et en 1994 l'église de Sao Domingos réouvre ses portes.

Hé bien, cette journée a été riche en découvertes, j’ai déjà découvert et exploré plusieurs facettes de cette ville fascinante. Mais comme les journées ne comportent que 24 heures (...), la soirée se profile déjà. Je vais casser la graine dans le quartier Sant’Ana, tout au nord de la Baixa. Des ruelles qui montent, des gosses qui jouent et des vieux qui papotent, je retrouve l’ambiance de l’Alfama. Je trouve un petit resto à l’enseigne à peine visible, une télé qui marche fort et le patron qui discute avec ses voisins. Je goûte une “alheira de mirandela”, un genre de saucisse fumée, essentiellement au poulet. Elle aurait été créée par les juifs comme un “leurre” pendant les persécutions de l’Inquisition: pour ne pas être reconnus, les juifs s’adonnaient, comme leurs voisins chrétiens, à la grillade de saucisse…sans consommer le porc proscrit par leur religion. Mon dessert est tout aussi surprenant: le baba de camelo, qui en français signifie… “bave de chameau”! J’te dis pas comme çà aiguise l’appétit… Mais pas de préjugés, en fait c’est un genre de mousse épaisse à base de lait concentré sucré. C’est très sucré certes, mais onctueux et divin. Dans les restos plus chics, on l’appelle “mousse de caramel”; faudrait pas choquer les clients trop coincés...

Il fait déjà noir, mais les deux places sont animées et il y a beaucoup de monde dehors. Je vais à présent tester la “ginja” dans un bar minuscule, mais pourtant un des plus connus de Lisbonne. Alors, la ginja c’est une liqueur sucrée à base de cerises, à déguster dans des petits bars appelés “ginjinhas”. Particularité: quand le serveur te demande “com o sem elas?” (* “avec ou sans elles?”), ça veut dire: avec les cerises au fond du verre ou pas? J’aime mieux avec, c’est bien de manger les cerises après la liqueur! Enfin, c’est pas un verre mais un petit gobelet en plastique, à jeter après usage dans la poubelle à côté. du côté d’Óbidos, elle est même servie dans un petit verre en chocolat. Mais ça fait débat entre Óbidos et Lisbonne!

http://destinationportugal.over-blog.com/2015/04/g... 

Il me faut aussi toucher un mot sur un truc que j’ai observé en soirée dans le secteur: à 2 ou 3 reprises, des gars m’ont proposé d’acheter de l’herbe (ou d’autres substance qui font marrer). Ok ils ne sont pas agressifs, ça se fait un peu façon vendeurs de glaces de plage. Mais bon, un refus ferme et non agressif fera l’affaire. donc, no panic si ça t’arrive!

Lisbonne - le Castelo

’ai bien dormi cette nuit, je me sens bien chez Marisa, on discute un peu en soirée, elle sourit tout le temps, bon feeling. C’est une couche-tard Marisa, elle aime bien regarder la télé assez longtemps le soir. Ce matin, je vais “couper” par les petites rues de l’Alfama pour rejoindre la Praça da Figuria, d’où démarrent entre autres les lignes de tram 12 et 28.

Le parcours des vieux tramways des lignes 12 et 28 (la plus touristique) passe à travers les quartiers de Graça et de l’Alfama avant de rejoindre celui de la Baixa; à cause des rues étroites et escarpées, ces vénérables tramways jaunes, fabriqués dans les années 1930, sont les seuls à pouvoir circuler dans cette partie de la ville. Ces trams, qui seraient dans un musée dans n’importe quelle autre ville, font partie du réseau de transport en commun de Lisbonne. La Lisboa Card fonctionne pour les trajets en tram. Le trajet n’est pas vraiment long, mais c’est passionnant de voir le vieux tram jaune se faufiler à travers les petites rues de Graça et de l’Alfama, s’arrêter pour un passager - souvent des gens du quartier - ou pour un véhicule qui gêne. Les meilleurs moments? Tôt le matin (comme j’ai fait) ou en soirée; en journée, trop de touristes, les trams sont bondés, et certains abrutis te monteraient sur la tête pour s’asseoir devant…sans céder sa place si une personne âgée monte, bien entendu!
En position debout, les photos seraient floues, c’est vrai ça secoue trop! Pauvres chous… (C’était l’instant coup de gueule de l’e-tin!!).

Après cette chouette promenade, je me dirige vers le Castelo São Jorge (chateau Saint-Georges). Pour y accéder, soit on fait la grimpette à pied, ou on emprunte l’ascenseur à l’intérieur du magasin “Pingo Doce”, dans la Baixa, qui fait monter sur les hauteurs du quartier et de là, on est à 5 minutes à pied du château. L’ascenseur est moderne et récent (2013), mais c’est clair qu’il n’a pas le cachet de l’elevador de Santa Justa.

Le “Castelo” domine le quartier de l’Alfama, avec ses tours et ses murs crénelés. Construit au 5ème siècle par les Wisigoths, il fut propriété des Maures au 9ème siècle, avant d’être reconquis par les chrétiens qui lui donna son nom de Saint-Georges. Il fut par la suite utilisé comme résidence royale par les différents souverains portugais. Le séisme de 1755 (encore lui?!), qui frappa durement Lisbonne, mit une bonne partie des remparts en ruines. Leur réhabilitation ne fut entreprise qu'en 1938, sous l'autorité du dictateur Salazar.
Le panorama sur Lisbonne depuis les terrasses du chateau est à couper le souffle. Le chemin de ronde, qui relie les tours, est tout aussi palpitant à parcourir.
Petite ombre au tableau à l’entrée du chateau: des vendeurs de conneries-souvenirs en toc, y en a même qui proposent des perches à selfie! Chacun son idée bien sûr, mais pour moi c’est un “non” absolu!

Pour manger ce midi, pas de resto, je vais me la faire “snack” version portugaise. Pas loin de la Praça da Figueira, dans une rue à l’écart, je trouve un petit bar où quelques habitués et des ouvriers municipaux mangent sur le pouce au comptoir. Voici l’occasion de goûter une “bifana”’, un petit pain rond avec de la viande de porc et accessoirement de la moutarde. Avec une ‘tite bière, ça revient à peine à 3-4 Euros! Sur la Praça de Figueira, j’avais repéré la veille la “Confeitaria Nacional”, un “monument” fondé en 1829, avec des fresques et des peintures murales. C’est un peu tape-à-l’oeil, mais pas guindé. En guise de dessert, je m’offre des torradas, des grosses tartines (oui, au moins 2 cm d’épaisseur!) grillées et beurrées. Les deux tartines sont découpées en trois et on les présente l'une sur l'autre. Avec une tasse de chocolat chaud, en terrasse avec l’animation de la place, life is beautiful!

Lisbonne - quatier de Belém

Pour l’après-midi, je vais me rendre à 5 km à l’ouest de Lisbonne, dans le quartier de Belém.
Le plus facile, c’est d’emprunter le tram 15E au départ de la Praça do Comércio; le trajet dure environ 20 minutes. Les rames modernes qui desservent cette ligne sont beaucoup moins pittoresques que celles des autres lignes, et elles ne se faufilent pas dans l’Alfama. Mais le tram longe l’estuaire du Tage et passe en dessous du fameux pont suspendu du 25 de Abril, qui donne un p’tit air de San Francisco à Lisbonne! De plus, il est beaucoup plus confortables et surtout climatisé, ce qui constitue un avantage non-négligeable en été.
Initialement, le pont suspendu avait été nommé le pont Salazar, mais il fut renommé pont du 25 Avril après la révolution des œillets, en hommage à la journée de la révolution.

Belém, bien qu’il soit excentré du centre historique de Lisbonne, possède des monuments remarquables, et du point de vue historique, c’est de Belém que Vasco de Gama est notamment parti à la conquête des Indes depuis Belém. A quelques pas de l’arrêt du tram, le célèbre musée des Carrosses abrite plusieurs superbes exemplaires de carrosses royaux, mais j’ai aussi vu une chaise à porteurs et de l’ancien matériel de pompiers. La terrasse supérieure permet d’en avoir une meilleure vue d’ensemble.

Mais le bijou, le chef-d’oeuvre de Belém, c’est clairement le monastère des Hiéronymites ( Mosteiro dos Jerónimos en portugais), un édifice qui sublime toute la quintessence de l’art manuélin! Et tu vois la “baraka” du monument:: il a été épargné par le tremblement de terre de 1755! Sa construction commença au 16ème siècle sur décision du roi Manuel Ier, et elle est étroitement liée à la découverte des Indes par Vasco de Gama en 1495. En effet, son financement provient, en grande partie, de “l'argent du poivre”, impôt direct prélevé sur le commerce des épices indiennes. Et c’est justement à cet endroit que Vasco de Gama se recueillit une dernière fois dans une chapelle avant de partir pour son épique voyage.
Bon, déjà rien que la façade, longue, interminable même, de style manuélin porté à son paroxysme, j’en ai presque les yeux qui sortent, tu sais comme dans les dessins animés de Tex Avery! Et le spectacle ne fait que commencer! Son église a la splendeur et la taille d’une cathédrale, et ses colonnes manuélines sont des merveilles . C’est aussi dans l’église qu’on trouve les tombeaux de “stars” locales: Luís Vaz de Camões, un grand poète lisboète; le roi Henri Ier du Portugal, à la tombe soutenue par des éléphants de marbre; et bien sûr la sépulture de Vasco de Gama, avec ses sculptures en forme de cordage.

Et ce cloître! Houlà, je vais faire une overdose d’art manuélin! Une profusion de sculptures, une exubérance dans les ornementations! Si je voulais décrire les colonne une par une, je dépasse les 20.000 caractères autorisés par chapitre, à coup sûr!

Voilà. Pour se remettre de ses émotions, je m’en vais voir un autre “monument” de Belém. Un monument… qui se mange! Je veux parler des pastéis de nata, ces petits flans ronds à pâte feuilletée saupoudrés de cannelle, croustillants à l’extérieur, moelleux et crémeux en dedans! On trouve çà où? A l’Antigua Confeitaria de Belém, qui garde jalousement la recette originale depuis 1837. Attention, c’est souvent “l’usine”, il y a file mais c’est assez rapide, et on paie avant d’être servi; pour déguster c’est soit sur place, soit à emporter, en s’asseyant sur un banc du parc en face, avec un mini-sachet de cannelle…

Le long du Tage, le Monument aux Découvertes a été construit 1960, sous Salazar, pour le 500ème anniv’ de mort de Henri le Navigateur. Il a la forme d’une proue de navire avec Henri en tête, et sur deux files, divers personnages liés aux découvertes maritimes. Un ascenseur permet de monter à son sommet. Certains lisboètes, pas trop fans de l’esthétique du monument, l’ont baptisé “poussez pas derrière!”...

La Tour de Belém est un peu plus loin, pour la rejoindre il faut compter 20 minutes à pied. Elle fut édifée en 1515 par le roi Manuel Ier, pour défendre l’estuaire du Tage et Lisbonne des attaques venant de la mer, et servait de “tour de contrôle” pour les navires revenant d’expéditions. elle se visite bien sûr, on y accède par une passerelle en bois. La petite histoire dit qu’elle était au milieu du fleuve, et que le séisme aurait déplacé le lit du Tage et déplacé la tour sur la rive… mais le sujet fait polémique.

Retour vers Lisbonne et l’Alfama, petit resto dans une petite rue avec le tram qui passe devant; un plat de sardines grillées avec une bière, le patron au fond de la pièce qui joue aux cartes avec trois vieux du coin, pas de touristes avec des reflex sur la poitrine… du bonheur, je n’en demande pas plus! Le crépuscule tombe, je fais un tour sur le miradouro Portas do Sol, m’assois sur un banc… je vois un gars arriver avec un baffle, suivi de 2 ou 3 couples d’âges divers; un air de tango démarre, les couples investissent la placette et c’est un spectacle insolite et même émouvant d’observer les pas de cette danse si sensuelle.
Petite vidéo faite discrètement, je ne voulais pas faire non plus de voyeurisme mal placé:

https://www.youtube.com/watch?v=X_3W317RDa8 

La soirée n’est pas terminée, et je ne voudrais pas quitter Lisbonne sans entendre un air de fado. Le fado est au Portugal ce que le flamenco est à l’Andalousie. La musique du fado est reconnaissable: les premiers accords d’une guitare portugaise, cet instrument si typique ressemblant à une mandoline, un mélange de musique européenne, latine et arabe, et la voix de la chanteuse, diffusant tant de grâce et de mélancolie, qui exprime ce que les portugais appellent la “saudade”, un terme qu’on ne peut traduire, mais qui exprimerait un mélange de nostalgie, de tristesse. Difficile à transcrire.

http://www.teiaportuguesa.com/terraeportucalensis/... 

Marisa m’avait parlé du bar Boteco da Fá, justement à deux minutes à pied de la maison, et la veille j’avais entamé un brin de causette avec le gars qui s’occupe de l’accueil à l’entrée du bar (c’est drôle, il ressemble au professeur Choron..;); j’apprends qu’on n’est pas obligé d’y manger, on peut juste prendre un verre. C’est bon,il me dégote une petite place à un coin de table dans la petite salle et je prends un verre de moscatel; les gens ont l’air d’ici, ils se connaissent, l’ambiance est silencieuse. Il est 22h, et je vois deux jeunes terminant une assiette de soupe se lever et prendre leurs guitares… Une fille les rejoint, ça va commencer.
Les premières notes de guitare, si rapides et douces à la fois, et la voix de cette fille qui semble vraiment transcendée par son chant… ne vous marrez pas, mais par passages les poils de mes bras se sont hérissés! Même si je ne comprenais pas les paroles, j’étais hypnotisé, je vous le jure. Et côté public, pas un bruit, une vraie osmose avec ces incroyables artistes. Deux ou trois groupes se succèderont. Les gens semblaient...heureux. Voilà l’occasion de faire tomber un préjugé sur le fado, non ce n'est pas qu'une musique triste, puisqu’il est capable rendre les gens heureux. Vers minuit, fin du tour de chant, je salue et félicite le dernier trio, et rentre chez Marisa (elle regarde encore la télé à cette heure!) . Un GRAND moment de mon voyage.

Et un conseil si vous voulez écouter le vrai fado: les bars attrapes touristes ont leurs rabatteurs qui distribuent leur “pub” sur le trottoir, et l’ambiance de ces établissements s’entend de loin, alors si il y a du bruit (cuisine, couverts, discussion…), passez outre, car le fado s’écoute en silence!!

http://www.portugalmania.com/culture/fado/ 

https://www.youtube.com/watch?v=N9K9PQMCPSw 

(*) Amália Rodrigues (1920-1999) était surnommée la “Reine du fado” (Rainha do Fado), c'est la chanteuse qui a le plus popularisé ce chant dans le monde.

Cascais

Ce matin, je vais à Cascais, à 30 km de Lisbonne. Pour y aller, direction la gare de Cais do Sodré d’où part la ligne de train “régional” de Lisbonne à cascais en passant par Estoril. Le RER sauce lisboète, quoi. Le trajet dure 40 minutes, et la Lisboa Card est valable sur le trajet.

Ce qui est bien, c’est qu’à la sortie de la gare de Cascais, on est déjà en plein centre-ville. La ville en elle-même n’est pas immense, mais les petites rues et la place au sol revêtu de calçadas ne manquent pas de charme.

Cascais était d’abord petit port de pêche avant que le roi Ferdinand II ne la déclare comme sa destination estivale préférée. ensuite la noblesse portugaise prit l’habitude de quitter Lisbonne pour Cascais pendant l’été, ce qui encouragea la haute-société européenne du 19ème siècle à faire de même (copieurs, va!). Les grosses bicoques luxueuses ont commencé à sortir de terre, ainsi que de somptueux parcs et jardins.

Sinon, le petit port de plaisance; le petit phare blanc et bleu et le bord de mer sont très agréables quand il ne fait pas trop chaud comme aujourd’hui, et la plage, appréciée des lisboètes le weekend, ne fait pas trop “bling-bling” et reste tout de même familiale. Et à vélo, ça peut encore être plus fun, d’autant plus que la ville de Cascais propose des vélos gratuits, qu’on peut emprunter sur simple présentation de carte d’identité!

A 2 km au bord de Cascais, la “Boca do Inferno” (Bouche de l’Enfer) est une formation de rochers très érodés. Son nom vient de la grotte effondrée contre laquelle les vagues de l’Océan Atlantique s’écrasent violemment. Pour y aller, 20 minutes de marche suffisent.

Pour les marcheurs, il y a une balade super agréable à faire le long de la côte entre Cascais et Estoril. Sur 2 km, elle suit la promenade de bord de mer pour passer devant de superbes villas du 19ème siècle, une piscine naturelle d’eau de mer, ainsi que de nombreux cafés et bars. Je l’ai faite; il n’y a pas trop de monde, et malgré les bars ça ne fait vraiment pas tourisme de masse. La promenade prend environ 30 minutes et, plutôt que de faire l’aller-retour il est possible de prendre le train pour rentrer sur Lisbonne depuis la gare ferroviaire d’Estoril.

Estoril, c’est une petite station balnéaire un peu plus huppée. Le Forte da Cruz surplombe la plage. Estoril a longtemps été associée avec la jet-set européenne, qui était attirée par le chic de son casino. Pendant la seconde guerre mondiale, le casino était un repaire d’espions, de négociations secrètes et de scandales, ce qui a amené l’écrivain Ian Flemming à s’en inspirer pour son premier roman mettant James Bond en scène : “Casino Royale”.
La réputation d’Estoril s’est encore accentuée quand son casino a servi de décor pour le James Bond de 1970 intitulé “Au service secret de Sa Majesté” (* l’unique interprétation de James Bond par George Lazenby).

Cacilhas

Je repars donc vers Lisbonne en train, en descendant à la gare de Cais do Sodré. Il y a un truc très pratique à Cais do Sodré, c’est que la gare maritime est juste à côté! Je dis çà parce que pour me rendre à Cacilhas cet aprem, quoi de plus sympa que de traverser le Tage en ferry? Le ticket ne coûte que 1,20€ (attention, la Lisboa Card ne marche pas dans ce cas), et bien que la distance soit assez courte, le trajet dure 15 minutes. Car cette ligne est desservie par de vieux ferrys orange qui avancent lentement, en même temps ça permet d’admirer l’estuaire du Tage et Lisbonne vu d’un autre angle. Ces vieux bateaux font partie du paysage lisboète, c’est un peu la version maritime des tramways! Les habitants de Cacilhas l’utilisent pour aller travailler “de l’autre côté”, à Lisbonne.

Bien que le centre-ville de Cacilhas ne soit pas vilain, l’arrivée en bateau n’est pas des plus “glamour” car le quai qui longe le Tage regroupe des anciens entrepôts et fabriques qui sont aujourd’hui abandonnés ou en ruines. Trop bizarre, ce contraste entre ces lieux délabrés (ça doit être sinistre la nuit!) et la magnifique capitale portugaise en face. Ajoutons à celà le bourdonnement incessant provenant de l’intense et incessante circulation sur le pont suspendu plus loin, et on se croirait presque dans un film post-apocalyptique!!

Pour les amateurs de bateaux, la frégate Dom Fernando II est un superbe trois-mâts, construit en 1843, qui fit la route des Indes durant 33 ans entre Lisbonne et Goa. En 1963, un incendie détruisit le navire qui resta échoué dans le Tage. En 1992, il fut renfloué et restauré au chantier naval d’Aveiro. Aujourd’hui, ce bateau peut se visiter; il présente des reconstitutions de la vie des marins et des passagers à bord, durant le 19ème siècle.

Pour en revenir au quai un peu “craignos”, si on prend la peine d’aller jusqu’à son extrémité, on tombe sur le resto “Ponto Final” (il porte bien son nom, en plus), avec ses volets, ses chaises et ses parasols jaunes. C’est ici que je vais goûter un des plats les plus étranges du pays: l’arroz de cabidela de galinha. Des morceaux de poulet, de l’ail et du laurier, du riz et… du sang de poulet! C’est ce qui donne la couleur rouge du riz et de la sauce, et goûter ce plat est une expérience à faire, j’avais une appréhension sur le goût “métallique” du sang, mais non, l’ajout du vinaigre casse le goût du sang et la texture onctueuse du riz associé aux morceaux de poulet est quelque chose de sublime.

Mai je suis venu aussi à Cacilhas pour voir la statue du “Cristo Rei”, une réplique du Christ Rédempteur de Rio de Janeiro. Le cardinal Cerejeira, lors d’un voyage au Brésil, fut tant impressionné par le Christ de Rio, qu’il décida simplement d’avoir le sien au Portugal!
Celui-ci fait 28 m de haut, est juché sur un socle de 80 m et pèse 40 tonnes. Pour y aller, soit le bus 101, soit la ligne de tram qui passe dans l’agglomération de Cacilhas, mais là il faudra marcher un peu (allez, 1 km c’est rien!).
Les points de vue sur le pont, le fleuve et Lisbonne sont naturellement incroyables!

Lisbonne - Parc des Nations (Parque das Nações)

De retour à Lisbonne, je vois que j’ai encore du temps pour aller voir un quartier bien éloigné du centre: le Parc des Nations (Parque das Nações en portugais). Pour y aller, le métro est le moyen le plus direct, la ligne rouge jusqu’à la station de la gare super-moderne de Oriente; réalisée par Santiago Calatrava pour l’Expo Universelle de 1998.

Ce parc a accueilli l’Expo Universelle de 1998, mais l’idée principale, c’était de réorganiser tout un quartier de Lisbonne, où se trouvaient alors des friches industrielles. Le site même de l’Exposition tient sur 60 ha mais c’est un nouveau quartier de 340 ha (dont 5 km de rives) qui est sorti de terre ! Un ensemble composé de logements modernes, de bureaux, d’espaces verts et un grand centre commercial, le centre Vasco de Gama. Tiens d’ailleurs, en parlant de lui, le grand explorateur a inspiré beaucoup le quartier puisqu'ici à peu près tout est affublé du nom Vasco de Gama. Le pont, l’immense centre commercial, la tour…

Le parc regroupe les différentes pavillons édifiés à l’occasion de l’Exposition, le long du tage, avec le pont Vasco de Gama au loin, qui se perd à l’horizon (avec 17 km de long, tu m’étonnes). Plein d’allées, de pelouses, avec des bâtiments futuristes comme la Tour Vasco de Gama (145 m de haut) qui ne déparerait pas à Dubaï ou Singapour. L'Oceanário est le plus grand aquarium d’Europe, et il abrite 15 000 animaux marins pour environ 250 espèces.
Pour ceux qui aiment voir les choses de haut, il y a un petit téléphérique qui longe le parc sur 1 km. Bref, c’est une réussite d’intégration dans le paysage, mais j’avoue que je préfère de loin les ruelles et escaliers de l’Alfama…

J’y retourne justement, me reposer un peu en attendant la soirée. Après 3 jours seulement, quelques personnes du quartier me reconnaissent et me saluent en toute simplicité. Prendre le temps de rencontrer des gens, dire bonjour, échanger deux ou trois banalités, ça peut suffire à “casser la glace”, comme on dit. Maintenant, si on fait comme ces touristes avec leurs valises à roulettes qui courent dans un seul but, rejoindre leur hôtel au plus vite, je ne crois pas que les habitants les regardent d’un bon oeil…

J’avais déjà repéré l’écran géant installé sur la Praça do Comércio; le pays tout entier vibre au rythme de l’Euro 2016, suivant la bannière de leur héros: Cristiano Ronaldo. Justement, ce soir il y a match: le Portugal joue contre la Pologne en quarts de finale. J’ai envie de m’immerger dans cette ambiance; ambiance bon enfant, et bien que la bière coule à flots (de la Carlsberg, et pas de Sagres, c’est quoi çà?!), aucun débordement ne sera à déplorer. Score: 1-1 et 5-3 sur les tirs au but pour le Portugal. Euphorie du public, ovation des joueurs… ils feront par par après le superbe parcours que l’on connaît (lecteurs français, ne me regardez pas de travers!).

Ai-je oublié de dire que c’est mon dernier jour à Lisbonne, et en même temps au Portugal (continental, je précise)? Heureusement que Marisa ne se couche pas avec les poules, ça me permet de pouvoir lui dire au revoir, car demain je démarre tôt pour l’aéroport de Lisbonne. Voilà, une aventure se termine, une autre commence! Ma destination de demain: l’île de Madère!

Riche et intense périple que celui qui se termine en point d’orgue ici à Lisbonne. Vignobles, montagnes, littoral atlantique et plages de rêve, monastères incroyables, beauté et solitudes des immensités de l’Alentejo… et ce canon de beauté que représente Lisbonne, que je quitte avec un petit serrement de coeur. Oui, il faudra qu’une fois je revienne pour un petit weekend! Et les portugais sympas, parfois un peu rudes dans les coins reculés dans la campagne, mais si on s’applique à parler quelques mots de la langue, ça se dégèle vite et les sourires apparaissent.

Voici l'hymne national portugais (avec traduction en anglais:

https://www.youtube.com/watch?v=MkSQ6_XhvjQ