Câmara de Lobos

Ce matin, je quitte Funchal, je vais visiter l’île durant trois jours en voiture. Les petites agences locales de location sont souvent moins chères que les grandes enseignes, et j’ai choisi une de ces petites agences, celle-ci est basée dans le centre commercial Marina.
Pour quitter Funchal par l’ouest, le moyen le plus pratique est d’emprunter l’Estrada Monumental. C’est une voie rapide sinueuse, où les magasins et centres commerciaux alternent avec des hôtels; je vois pas trop ce que ça a de “monumental”...

8 km seulement séparent Funchal de Câmara de Lobos, un joli petit port de pêche protégé par deux falaises, avec ses petites maisons blanches à tuiles rouges et ses petits bars à poncha; c’est réellement un coin plein de charme, malgré que, sur les hauteurs des alentours, se soient construites des nouvelles habitations franchement moins jolies. Sur les collines des environs, s’étagent des cultures de bananiers… à l’air libre, pas sous de vilaines serres en plastique comme je l’avais vu l’année précédente à Gran Canaria!!

Câmara de Lobos, “chambre des loups” en français; tiens, drôle de nom! En fait, celà vient du phoque moine, appelé aussi “loup des mers”, qui était abondant en ces lieux lorsque Zarco explora le tour de l’île. Les portugais utilisaient sa graisse comme huile pour s’éclairer.
Aujourd’hui, ces phoques vivent seulement sur les Ilhas Desertas. Sinon, la pêche marche encore très bien ici, surtout la pêche nocturne à l’espada ou poisson-épée; les petites lumières que je voyais hier soir au loin, c’était donc çà!
Et le port est encore très vivant, avec des vieux pêcheurs qui jouent aux cartes ou sirotent une poncha dans des petits bars (paraît qu’elle est originaire d’ici, la poncha). Le village n’est pas mal non plus, avec sa petite église et son kiosque.

Quittant Câmara de Lobos, la route devient sinueuse et grimpe, offrant des points de vue de plus en plus extras. J’arrive bientôt au belvédère de la falaise du Cabo Girão; voici une des grandes attractions de l’île, car cette falaise, haute de 580 m, serait la 3ème plus haute du monde (le record mondial se situe à Hawaï). Elle fait donc mieux que le Cap Canaille à Cassis, qui m’avait déjà bien impressionné en 2010! Le panorama est hallucinant du haut du Cabo Girão, et on y a même installé un genre de plate-forme en verre pour avoir les 580 m en à-pic directement sous les pieds; marrant de voir que malgré tout, certaines personnes font un blocage et ne tentent pas même de faire deux pas. Moi, je me suis pas privé et j’ai adoré.

Ribeira Brava

Ribeira Brava, c’est une petite ville coupée en deux par une rivière qui a donné son nom à la localité. Cette “rivière sauvage”, qui lors de mon passage, n’était qu’un filet d’eau, peut se muer en torrent si il pleut abondamment. Des petites rues tranquilles se déploient autour de l’église São Bento, une des plus belles de l’île, avec son clocher garni de carreaux de faïence bleus et blancs. A l’intérieur de celle-ci, il y a de très beaux azulejos à admirer.
Les montagnes des alentours sont en grande partie recouvertes de bananeraies, cette culture ayant remplacé progressivement les plantations de canne à sucre.

Ponta Do Sol

C’est plutôt cool de rouler à Madère, les routes sont larges et bien entretenues, et les habitants ne se la jouent pas “Fast and Furious” comme j’ai pu voir en d’autres endroits. Et le paysage est superbe, à travers les plantations de bananes et de canne à sucre, souvent étagées en terrasses; si les maisons traditionnelles se fondent bien dans le décor, quand on se rapproche de la côte (très belle au demeurant!), certains immeubles à étages viennent un peu gâcher l’ensemble.

Joli petit village, Ponta do Sol, à l’embouchure d’une petite vallée encaissée, avec sa belle église et son “centre historique” grand comme un mouchoir de poche.

Un peu plus loin, j’arrive à Madalena do Mar. Il est midi passé, je mangerais bien un truc, mais je n’ai pas envie de resto. Un snack? Un tour au supermarché? Et c’est là que je l’aperçois: une camionnette genre “food-truck” sur un tout petit parking, qui propose des bolos de caco et des boissons. Quelques ouvriers agricoles cassent la dalle à côté. L’occasion est trop belle! Oh, ce bolo de caco est toujours aussi fondant, trop bon je crois que je vais développer une addiction au produit!! Pour le faire glisser en douceur, une petite bière Coral et après une poncha maison (le gars les fait lui-même). Les repas les plus simples sont bien souvent les meilleurs!

Estreito da Calheta

Autre chose de très agréable à Madère: le climat: il fait chaud, mais ça reste légèrement en-dessous des 30 degrés; quand je repense à l’Andalousie l’année d’avant avec ses 40 degrés… Madère jouit d’un climat subtropical avec une influence océanique, avec des étés doux et des hivers frais. Je dois dire que ça me rappelle un peu le climat des Canaries. Mais comme l’île est aussi très montagneuse, en altitude le temps peut changer très vite (comme je vous le montrerai par la suite!).

Pour rejoindre Calheta, on peut soit rester sur la voie rapide VE-3, ou rattraper la petite route côtière qui passe entre l’océan et de monumentales falaises. Toujours les cultures principales de l’île: bananes, canne à sucre, vignes. Hé oui, le célébrissime vin de Madère. Mais patience, j’en toucherai un mot plus tard. Calheta est aussi un des rares coins sur Madère où on peut dénicher une plage de sable fin… même si le sable a été amené du Maroc (* tiens, ça me rappelle une plage à Ténérife, voir mon e-tin sur les Canaries)!
En parlant de la canne à sucre, sa culture fut autrefois florissante à Madère; dans les environs de Calheta, il y avait une dizaine de “moulins à sucre”. Un seul a subsisté, fonctionnant toujours et transformé partiellement en musée. Le musée, appelé Engenho (*moulin) da Calheta, a été fondé en 1901. On peut encore assister (attention, pas toute l’année) à la transformation du sucre de canne en miel et en eau-de-vie de canne à sucre. Ici sont exposées certaines pièces du 19ème et 20ème siècles qui étaient utilisés sur les plantations. Une salle de dégustation permet de goûter à l’un de leurs petits rhums (bière, poncha, rhum… ho, calmos, t’es en voiture!). J’ai aussi goûté une autre délicieuse pâtisserie madérienne, le “bolo de mel”: c’est un petit gâteau rond, préparé avec de la mélasse de canne à sucre ou du miel; sa texture ressemble au pain d’épices, en plus collant. A l’origine il ne se consommait qu’à la Noël, mais maintenant (tourisme oblige?), on peut le déguster toute l’année, et il peut se conserver pendant des mois. À Madère, au moment de le servir, on ne coupe pas le gâteau mais on en arrache des morceaux à la main.

http://www.madeira-live.com/fr/sugar-honey.html 

Jardim do Mar

Jardim do Mar, en plus d’être un petit village magnifique, a la particularité d’être bâti sur un promontoire ayant résulté de l’effondrement d’une partie de la falaise voisine. Pour y aller, c’est pas compliqué, il n’y a qu’une petite route qui se finit en cul-de-sac. Ensuite, la découverte de Jardim do Mar se fait à pied, en se perdant dans le dédale de ruelles et escaliers aux petites maisons, bordées de plein de plantes et fleurs exotiques, avec de temps en temps une petite rigole en pente où l’eau glougloute, ou une parcelle de plantations de bananes. En contrebas, une petite promenade est aménagée au bord de l’océan avec une vue imprenable sur la falaise.

Paul Do Mar

Paúl do Mar est à quelques km seulement, l’arrivée n’est pas des plus spectaculaires (du moins venant du sud), car il faut se taper un long tunnel de 3 km pour atteindre le village.
Par contre, la route qui monte vers Ponta do Pargo… mais j’en parlerai après!
L’intérieur du village est sans doute moins bucolique qu’à Jardim do Mar, mais l’environnement n’est pas mal: d’un côté l’océan avec deux petites plages, de l’autre la route qui longe de près les imposantes falaises, avec quelques petites bananeraies qui s’y accrochent.

Le style de son église étonne un peu, il faut dire qu’elle toute récente, elle date du 20ème siècle. Assez photogénique devant la falaise, je trouve...

Ponta Do Pargo

J’évoquais la route quittant Paul do Mar et qui monte vers Ponta do Pargo: elle est vraiment spectaculaire, elle grimpe en lacets sur quelques km et offre des points de vue démentiels sur la côte et le village tout en bas. Et le paysage commence à changer, ça devient plus boisé, il y a encore quelques cultures en terrasses mais elles cèdent un peu leur place à des pâtures pour vaches, moutons et chèvres. Dans les virages, des grands bacs à fleurs blancs ont été installés en guise de rambardes; des fois, sans crier gare, une petite cascade d’eau tombe directement sur la route, ça tombe bien j’avais pas encore testé les essuie-glaces…

Le relief du village de Ponta do Pargo est plutôt plat, par rapport aux localités de la côte sud où je suis passé. Son nom, “la pointe du pagre”, vient d’un poisson proche de la daurade qui abondait ici du temps des premiers colonisateurs. Mais c’est le discret panneau “Farol” qui a attiré mon attention, farol c’est “phare” en portugais. Un phare? Allons voir çà.
Celui-ci, construit en 1922, domine une falaise de plus de 300 m de haut, qui permet de contempler l’océan et un vaste paysage de falaises abruptes, un paysage encore sauvage et rude. Près du phare démarre un vieux sentier utilisé autrefois par les gens du coin pour aller chercher les marchandises acheminées par bateau. Quand je vois la dénivelée, j’ose à peine m’imaginer la grimpette avec 30 à 40 kg de barda sur le dos!

Dans les environs, Achadas da Cruz est un minuscule village connu pour son téléphérique vertigineux qui descend tout en bas d’une falaise de 350 m de hauteur. Il est essentiellement utilisé par les paysans locaux pour accéder à leurs parcelles de cultures, et pour en remonter leurs produits.

Porto Moniz

Je continue maintenant vers la partie nord de l’île, dans un paysage de forêts qui me rappellent Ténérife et son Parque rural de Anaga. Normal, c’est le même genre de forêt, la “laurisylve”. Truc étonnant, le ciel se voile peu à peu de gris, et voilà des petites gouttes qui tombent sur mon pare-brise, la température aussi commence à baisser… Je suis bientôt dans le brouillard et il pleuvine; il y a à peine une heure, c’était plein soleil et presque 30 degrés! Ben dis donc! Mais il y a une explication: les vents dominants, les alizés du nord-est, amènent souvent des nuages, de l’humidité et des précipitations dans les pentes orientées vers le nord. Il arrive alors régulièrement que la côte sud soit inondée de soleil alors que dans le nord, brouillard et pluie s’en donnent à coeur joie!

J’arrive par conséquent à Porto Moniz sous une petite pluie, et en plus le vent souffle bien! La brume qui s’accroche aux falaises leur donne un côté un peu mystérieux. Alors, Porto Moniz est une petite station balnéaire connue pour ses piscines naturelles d’eau de mer et son aquarium, installé dans l’ancien fort João Batista, édifié en 1730 pour se protéger des attaques des pirates. Assez touristique quand-même, beaucoup d’hôtels et restos; mais vu la météo, pas trop de monde dehors.

Seixal

Il ne pleut plus, c’est déjà cà, et quelques trouées de bleu commencent à apparaître dans le ciel. J’arrive à Seixal, un petit village de pêcheurs qui possède une belle plage de sable noir, c’est beaucoup moins touristique que Porto Moniz. Les vignes sont très présentes dans les alentours de Seixal, qui a donné son nom au “sercial”, un des vins de Madère les plus secs.

Autour de Seixal, les gigantesques falaises finissent en à-pics dans l’océan, qui est beaucoup plus agité ici que sur le côté sud. Ce qui explique le percement de nombreux tunnels dans la montagne pour faire passer la voie rapide, qui en principe devrait faire le tour complet de l’île. Mais pour l’instant, faute de capitaux nécessaires, certaines portions ne sont toujours pas construites. Mais l’ancienne route côtière, la ER-101, existe toujours! Sa construction, dans les années 1950, est un truc de dingue. Construite quasiment à ras de l’océan (souvent tumultueux), elle a été creusée à main d’homme, ceux-ci souvent suspendus à la falaise; il y eut même quelques tués, paraît-il. Les croisements avec un camion ou un autocar ne devaient pas être tristes!

Aujourd’hui, à sens unique comme j’ai pu le remarquer, elle est désaffectée et fermée à la circulation, les accès sont généralement barrés par des chaînes. Enfin bon, accès interdit aux véhicules… en théorie… ‘Voyez où je veux en venir? J’ai repéré une entré sans chaîne, avec juste des blocs disposés en chicane, mais une voiture peut passer. Un panneau explique plus ou moins “A vos risques et périls”. La sortie doit se trouver à un ou deux km; je m’y engage. Je vois des petits blocs de roche sur la route, résultant de chute, c’est clair! Mais c’est sporadique. Tant pis, j’y vais, je ferai quelques arrêts-photos, et je rejoins la voie rapide au bout de 20 minutes. Pas de coup sur la carrosserie, ouff! J’espère juste que la dame de l’agence de location ne lira pas mon e-tin… Près de Porto Moniz, il y a même une portion encore plus “glauque”, il n’y a plus de revêtement et le tunnel obscur, parsemé de flaques d'eau, est un rien flippant.

São Vicente

Après une succession monotone de tunnels, voici São Vicente, un village côtier encaissé entre des falaises toujours aussi “maousse”. São Vicente est divisé en deux parties: d’abord le village en lui-même, éloigné de l’océan de quelques centaines de mètres; il est bien foutu, avec ses petites rues pavées bordées de maisons blanches à toits rouges et sa mignonne petite église. Et il y a le “front de mer”, nettement moins attirant avec sa succession de restos et de boutiques à souvenirs. Heureusement qu’il y a cette jolie plage de galets et les falaises qui font face à l’océan déchaîné.

Je reprends la route vers Ponta Delgada; à l’est. Ce n’est plus vraiment une voie rapide à tunnels, la route ici suit l’océan au plus près, traverse des petits hameaux mais reste encore relativement bonne. Mais après Ponta Delgada, subsiste encore un tronçon de l’authentique ancienne route côtière, avec des croisements difficiles entre voitures et des tunnels sans éclairage! Sachant que j’ai même dû rabattre mon rétro pour une camionnette, je me dis que si un bus vient en sens inverse, je vais me sentir en galère… Heureusement ce ne fut pas le cas, et le tronçon n’était pas si long. Mais les vues sur la côte en contrebas étaient fantastiques.

Après Boaventura, la route s’enfonce à l’intérieur des terres, traversant des petits villages où le temps semble s’être arrêté, dans un paysage montagneux avec des petites cultures en terrasses parsemées de petites maisons blanches. Je vois beaucoup de vignes, il est peut-être temps de parler un peu de l’incroyable vin de Madère!

Ce vin, ainsi que sa technique de production particulière, est né lorsque les tonneaux ont commencé à quitter l’île par bateau pour traverser les océans. Après être passé sous les tropiques, où les températures élevées dépassaient parfois 40 degrés, et avoir retrouvé des climats beaucoup plus frais, on s’est aperçu que le vin s’étoffait de caractéristiques qui l’améliorait. On imagina alors de le faire séjourner dans des endroits spéciaux, appelés estufas, genre de “caves-saunas” reproduisant les actions de réchauffement et de refroidissement (“estufagem”) subis au cours du voyage. Les vins secs sont d'abord chauffés puis fortifiés, alors que les vins doux sont fortifiés puis chauffés. Fortifié, si tu te souviens, c’est l’ajout d’eau-de-vie comme pour les vins de Porto.
4 types de madères: sercial, Verdelho, Bual et Malvazia. Et les plus vieux madères peuvent atteindre facilement… 200 ans!

http://www.douro-vins.fr/le-vignoble/tout-savoir-s... 

La route continue, tout en virages, dans un Madère plus rural de petits villages à vocation agricole, loin des infrastructures touristiques de la côte sud. Après São Jorge et sa charmante église, je passe près de Santana, et près de Porto da Cruz, j’y suis presque. Je veux parler de mon hébergement airbnb pour deux nuits, dans la campagne madérienne loin des sentiers battus. Une petit chemin, quelques maisons traditionnelles, des petites parcelles de cultures… parfait! Mon hôte Antoine est français et installé à Madère depuis 15 ans, il est guide de randonnée sur l’île; çà c’est une aubaine pour moi! allure cool: queue-de-cheval, barbe bien fournie (sur le coup, il me rappelle Antoine le chanteur-navigateur), il marche pieds nus chez lui. Sa femme Cilene est “fifty-fifty” portugaise et brésilienne. Un verre de Madère en guise de bienvenue, on s’installe sur la terrasse extérieure qui donne sur la campagne et au loin, on voit la côte nord avec l’océan, et on devine au loin le bateau qui revient de Porto Santo. Il y a même un ami de la famille en vacances sur l’île, lui il vient des Pyrénées. L’occasion pour moi d'évoquer des souvenirs de mon voyage de 2012 par là-bas. Oh je vais me plaire ici, c’est clair!