Manteigas

Ce matin, je quitte la vallée du Douro et ses vignobles pour partir plein sud vers la région la plus montagneuse du pays, la Serra da Estrela. J’ai quand-même quelques km à faire avant d’atteindre Manteigas, qui est un peu la porte d’entrée et le “centre névralgique” de ce coin magnifique. Les vignobles s’estompent progressivement et le paysage devient plus boisé et très vallonné. J’ai préféré prendre les petites routes, j’ai le temps et c’est plus gai de rouler en traversant un tas de petits villages! En milieu de matinée je fais un petit stop dans l’un de ces villages, au hasard; il s’appelle Vila do Ponte, quelques petites rues, un bar sur la place, je me bois une petite super Bock (rien qu’une, promis!) et c’est reparti.

Après la ville de Gouveia, voici enfin les panneaux “Manteigas - Serra da Estrela”. La route commence à grimper, à dessiner de multiples virages, et j’arrive à Manteigas. Cette petite ville n’a pas réellement de “cachet”, pas de centre ancien pour faire craquer les visiteurs, mais l’église est jolie et on compte quelques petites rues tranquilles. Je vais manger un petit plat dans un bar; je prends une “feijoada”: c’est un peu le cassoulet version portugaise, avec avec haricots noirs, de la viande de porc, du chorizo et du chou, et il s’accompagne de riz.
Bien mangé, ça cale bien… Bon ,on se remet en route?

Torre (Serra da Estrela)

Je bifurque vers la route qui monte à la “Torre”, le point culminant du Portugal (du Portugal “continental” seulement, le vrai étant un volcan aux Açores sur l’île de Pico qui atteint 2351m). Et ça grimpe sec maintenant, avec de beaux lacets, avec un petit air de col du Galibier! J’arrive enfin au sommet. 1991 m d’altitude, mais une tour de pierre (“Torre”) a été construite pour atteindre l’altitude symbolique des 2000 m! C’est bizarre: bien qu'on se trouve sur le toit du Portugal, on n‘a pas la sensation d'être à une telle hauteur. Par exemple, sur le Mont Ventoux en 2009, j’ai ressenti un panorama plus vaste et plus dégagé qu’ici. Mais la Serra da Estrela est une chaîne montagneuse ancienne, où l'érosion du temps a fait son boulot. Surprenante cohabitation aussi entre cette tour, une chapelle, deux anciens radars et un mini “centre commercial” qui vend des produits régionaux.

Quelques km plus loin (et plus bas), un impressionnant barrage de montagne, le barrage de Lagoa Comprida, de 29 m de haut et qui retient 100.000 mètres cubes de flotte

Piodão

Je quitte la Serra da Estrela par une longue descente à travers des routes de montagne sinueuses, et les petits villages commencent déjà à réapparaître. Je remarque, de temps à autre en bordure de route, des petites fontaines de pierre ou même un simple tuyau d’où sort l’eau. Des gens du coin viennent y remplir leurs bouteilles d’eau, après renseignement, j’apprends qu’elle est potable et très bonne! Si j’avais su, j’aurais pu faire des économies sur les packs d’eau!

Piodão se rapproche, pour y arriver, j’ai pris une route différente de celle que les “touristes lambda” utilisent; la mienne est étroite, quelquefois défoncée et traverse des petits hameaux où des chèvres en semi-liberté m’obligent à marquer l’arrêt, avec en prime un sourire et un signe de la main de leur gardien! Un salut franc et sincère, ah ça fait du bien!

Voilà enfin Piodão qui se profile au loin, étagé en amphithéâtre sur un flanc des montagnes de la Serra de Açor. Piodão est un “village de schiste”, un matériau abondant dans la région, utilisé pour la construction des maisons et le sol des rues, et qui forme dans le paysage une ensemble de couleur uniforme, nuancé par le bleu ou vert des fenêtres et des portes de certaines maisons. L'église du village, avec ses contreforts ronds, ressemble à une pâtisserie géante et détone un peu à côté des maisons! Pas de voitures, elles restent à l'entrée sur le parking, d'ailleurs comment feraient-elles dans ces ruelles aussi étroites ou
à travers tous ces escaliers qui partent un peu n'importe où?

Quelques bars où on peut casser la graine, un ou deux petits magasins de souvenirs, mais ça s'arrête là. Et le soir, c'est le calme absolu; seuls bruits, le chant des oiseaux et le bavardage des vieux du village. Du village, une belle balade à faire, de 1H30 aller-retour, le long d'un sentier à flanc de montagne qui suit la petite rivière en contrebas. On parvient à Chãs d’Égua, petit hameau avec quelques maisons, deux vieux ponts en pierre au-dessus de la rivière, et un curieux pont suspendu piétonnier qui rejoint la petite route; celui-ci est pour l'instant interdit de passage par souci de sécurité. Je reviens de la promenade en fin de soirée, il fait presque noir, Piodão commence à s'éclairer pour la nuit. Ah je vous l'ai pas dit, c'est ici que je pose mon sac cette nuit!

Lousã

Départ matinal de Piodão, par des petites routes de montagne par lesquelles je traverse des petits villages comme Benfeita et Pardieiros, avant de gagner la région de Lousã par des routes de campagne au relief moins escarpé. Je marque un petit arrêt à Lousã, pour voir son chateau, un peu excentré de la ville (sans grand intérêt, soit dit en passant). Perdu dans la nature, il se compose d’un donjon et de tours crénelées. En contrebas, une rivière offre des “piscines naturelles” agréables, très prisées des gens du coin.

Talasnal

Quelques kilomètres plus loin, en suivant la route serpentant à travers les bois, voici Talasnal, un des villages de schiste les plus connus. Mais ça reste très paisible, seulement deux ou trois personnes déambulent au gré des petites ruelles qui partent en tous sens. C’est d’une tranquillité! Mais je me demande où sont les habitants? Même à Candal, à part quelques randonneurs, je n’ai croisé personne!
Après Talasnal, par un chemin encore plus étroit en lacets serrés, le hameau de Chiqueiro ressemble encore plus à un village-fantôme. Une poignée de maisons, une petite fontaine où un seau laissé là se remplit tout seul, un chien qui aboie… Mais un édifice étonnant se niche au bout d’une rue: une petite chapelle blanche et bleue, fermée, dommage.