Eivissa (Ibiza).

Départ matinal aujourd'hui, le trajet entre Majorque et Ibiza se fera non pas en avion, mais en ferry, c'est un mode de transport que j'aime bien: on prend son temps, on voit diminuer de taille son lieu de provenance pour voir arriver au loin sa destination, accoudé à la rambarde du pont extérieur, le visage au vent.

Le point de départ des ferries est assez éloigné; j'aime bien marcher, mais là c'est un peu trop. En bus, le trajet dure 20 minutes. Je vois, sur les trottoirs, pas mal de jeunes qui m'ont l'air d'en "tenir une bonne"! Et ça titube, ça gueule à tout va, ça fait des "doigts" aux automobilistes... Voilà donc le résultat d'une nuit de folie dans les boîtes de Palma! Chapeau! J'en ai même vu un qui se place en plein milieu de la route, et se prend en selfie avec, en arrière-plan, une voiture qui arrive droit sur lui! Heureusement qu'il a l'esquive rapide...

Le ferry s'appelle le "Alhucemas" et fait partie de la compagnie Balearia. Il fait le trajet Palma - Ibiza en 3h30, avant de poursuivre son chemin vers Dénia en Espagne. Il fait super beau, je vois défiler la côte majorquine, j'aperçois le petit îlot de Sa Dragonera, puis après la pleine mer, avant que ne se dessine au loin les premiers reliefs d'Ibiza.

Dès l'entrée dans le port, on la voit déjà de loin, cette vieille ville d'Ibiza (ou Eivissa, en catalan), juchée sur son haut promontoire entouré de murailles! La vue est aussi très belle quand on longe le grand port de plaisance, avec ses restos souvent exagérés côté tarifs. A voir aussi, cette statue érigée en hommage aux marins de l'île.

Je pénètre enfin dans la vieille ville, mon petit "hostal" se trouve dans une de ces charmantes ruelles pavées, aux maisons blanchies à la salpêtre et aux volets ou encadrements colorés. C'est le quartier de Sa Penya, avec son rempart qui forme une avancée en forme de proue de bateau vers la mer. Ancien quartier de pêcheurs, il est aujourd'hui habité par quelques dizaines de familles modestes, surtout d'origine gitane. Si certaines ruelles sont mignonnettes, d'autres coins sont malheureusement assez délabrés et même un peu craignos. Dommage, mais quelque part ça les préserve encore du tourisme de masse et de la montée des prix. Ce serait triste de voir ce quartier, à long terme, habité par des connards fortunés qui installeraient peut-être des grilles à digicode au début des ruelles...

Eivissa, c'est aussi "Dalt Villa" et ses impressionnants remparts médiévaux. Edifiés au 16ème siècle par des architectes italiens à la demande de Charles-Quint, ils ont été reconstruits après la reconquête et se sont superbement intégrés dans l'ensemble urbain. Ils font partie des mieux conservés d'Europe. Une autre partie des murailles est d'origine arabe. La principale porte d'accès est le "Portal de Ses Taules", orné de l'écusson de Philippe II.

Après une belle grimpette à travers plein de chouettes petites ruelles, on arrive près de la cathédrale Santa Maria qui domine la ville; l'édifice gothique est sobre. On est loin du faste de Tolède ou Burgos! Dans une petite rue face au musée Puget, les insolites vestiges d'un ancien hôpital, salement détérioré. C'est là que périt une partie de la population lors de l'épidémie de peste de 1652. Pas de réhabilitation en vue...

Tout là-haut, quelle vue sur la ville, le port, la mer!! On voit même l'île de Formentera au loin, avec le sillage des fréquentes navettes qui la desservent. Je n'aurai pas le temps de la visiter, dommage. Et le soir, quand c'est illuminé, ça prend encore une autre dimension. J'ai remarqué aussi certaines personnes qui restent de longs moments à scruter l'horizon: ils s'amusent en fait à regarder arriver et atterrir les (trop) nombreux avions à l'aéroport. On passe son temps comme on peut...

Mais Ibiza, c'est aussi le royaume des boîtes de nuit, des fiestas complètement folles jusqu'au petit matin, des soirées mousse dantesques, des DJ's internationaux aux platines qui font danser jusqu'à 15.000 personnes dans le même établissement (sérieux, ce serait la capacité maximale du"Privilège"!). L'Amnesia, le Pacha, le Space, le KM 5... Là-bas, les divinités locales se nomment David Guetta, Hardwell, Avicii... déjà en soirée, près du port surtout, on voit des "rabatteurs" attifés comme des sapins de noël, distribuer des tracts de pubs pour telle ou telle boîte. Tout un business qui fait vivre Ibiza, malgré les fréquents débordements en tous genres.

Mais l'île d'Ibiza sait offrir autre chose que ses "temples du décibel" et ses plages (pas toutes) select! Elle a aussi ses coins secrets sur la côte, sa campagne insoupçonnée... Il faut savoir les découvrir; c'est ce que je ferai demain!

Santa Eulària des Riu.

Visite de l'île en voiture aujourd'hui. Elle n'est pas bien grande: 45 km du nord au sud, et d'environ 30 km d'ouest en est. Mon premier arrêt, Santa Eulària des Riu, n'est qu'à 15 km d'Eivissa.

C'est une petite ville côtière agréable, avec une longue promenade de bord de mer et une belle plage pas trop bondée (enfin, tout est relatif, on est en septembre aussi...). Plus haut, juchée sur une colline et dominant le bourg, une église du 16ème siècle, toute blanche et caractéristique de l'architecture ibicéenne (d'Ibiza, quoi), qu'on atteint après avoir gravi un bon nombre de marches. La vue sur la ville et la mer vaut la peine de l'effort.

Sant Joan de Labritja.

Le relief intérieur d'Ibiza est moins montagneux et escarpé que sa voisine Majorque, mais certaines portions de route peuvent parfois avoir une bonne petite pente; le point culminant de l'île atteint "seulemenr" 475m. Mais sur la côte ouest, on peut trouver des escarpements rocheux de bonne taille (les falaises d'Es Cubells, voir plus loin).

Voici Sant Joan de Labritja, qui est un village typique d’Ibiza: maisons blanches, arbres fruitiers (amandiers, citronniers...) sur un sol argileux rouge très particulier (j'ai vu çà en Castille aussi), une petite église aux murs blancs. c'est la couleur dominante dans les édifices religieux ibicéens.

Sant Llorenç de Balafia.

L'intérieur de l'île est très beau et les routes bien entretenues. J'arrive à Sant Llorenc de Balafia, avec sa superbe église (ça devient une habitude, on dirait) et son cimetière attenant. Mais le village est connu pour abriter, au bout d'un petit chemin de terre, un ensemble de petites maisons avec deux anciennes tours de défense. Tout çà au milieu d'un paysage rural d'amandiers, figuiers et citronniers. C'est çà aussi, Ibiza. Mais les fêtard noctambules ne le savent pas, je crois...

Santa Gertrudis de Fruitera.

Santa Gertrudis de Fruitera est quasiment situé au centre de l'île. Son église fortifiée diffère un peu des autres avec ses nuances de gris et jaune au lieu de l'habituel blanc immaculé. Autour de la place, quelques bars offrent des terrasses tranquilles. J'en profite pour goûter à la liqueur appelée ici "hierbas", un digestif composé de pas moins de 18 plantes dont l'anis, le fenouil, le romarin, les fleurs d'orangers... Avec un glaçon, c'est le paradis; mais attention à ses 30° de teneur en alcool!

La campagne est toujours aussi belle et calme, je croise très peu de véhicules. A 7 km de Santa Gertrudis, Sant Mateu d'Albarca est un mini-village perdu au milieu des amandiers et des vignes. Car oui, on produit aussi du vin sur Ibiza!

Sant Antoni de Portmany.

La grosse ville de Sant Antoni de Portmany est à 15 km d'Eivissa; pour relier les deux localités, on a même été jusqu'à construire une "mini-autoroute" de 15 km! Je n'ai pas eu le coup de coeur pour ces alignements d'immeubles impersonnels et ces bars de plage huppés où un DJ mixe dans le vide pour deux ou trois jeunes friqués affalés dans un transat. Mais il paraît que les couchers de soleil y sont féériques. Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de le vérifier.

Es Cubells.

Et d'ailleurs, je n'y reste pas longtemps à Sant Antoni. En passant par Sant Josep de Talaia, j'arrive sur la côte ouest de l'île, à Es Cubells, par une route sinueuse qui laisse entrevoir de belles échappées sur la Méditerrannée. Un petite église, un bar-resto à côté et quelques maisons composent ce petit village. La vue sur la mer et les falaises est prodigieuse.

A quelques kilomètres, la Cala d'Hort offre une crique de rêve avec une plage de sable et de gravier. Mais c'est drôlement galère pour se garer, et on a intérêt à être un champion du démarrage en côte pour sortir de son emplacement (si on en trouve un, bien sûr). Au loin, on aperçoit le titanesque rocher d'Es Vedra, haut de 380 mètres. Ce lieu est entouré de légendes plus ou moins liées au paranormal: les oiseaux perdraient leur sens de l'orientation en le survolant, et il serait lié à des histoires d'ovnis... Les frères Bogdanoff à Ibiza, c'est pour bientôt...

http://www.ibicasa.com/fr/art/06_20-vedr1.php 

Voilà, la boucle est bouclée, je rends la voiture à Eivissa, où je profite encore de la soirée en me promenant sur les remparts et le long de la jetée du port. Demain commence une nouvelle aventure: cap sur Minorque!