Coz

Ce matin, je pars de Nazaré vers Porto de Mós, distant de 30 km. J’ai le temps, vais plutôt emprunter les petites routes de campagne. Et je traverse un petit village appelé Coz, et mon attention est attirée par un édifice religieux en partie délabré. Bon, c’est pas l’église, elle est un peu plus loin au début du village. Non, en fait c’est un vieux monastère cistercien du 12ème siècle; mais on ne peut en visiter l’intérieur qu’en début d’après-midi. C’est étonnant de trouver une bâtisse de ce genre dans un si petit village…

Porto de Mós

Porto de Mós est à quelques km de là. C’est une jolie petite ville, connue pour son superbe chateau. Il surplombe la ville, sur sa colline, avec ses tours surmontées de flèches aux tuiles vertes. Pas banal la couleur! Il a été bâti au 12ème siècle et remanié au 15ème. J’arrive un peu avant l’heure d’ouverture, ce qui me donne l’occasion de voir ouvrir la grande porte en bois avec une antique clef qui ne fait qu’un petit 30 cm de long!! Un avantage certain est qu’on ne risque pas de l’égarer un modèle XXL comme çà! Bref, c'est un château un peu méconnu, les touristes préférant foncer vers Alcobaça, à l'instar du château d'Ourém parfois délaissé pour Tomar.

Monastère de Alcobaça

En parlant d'Alcobaça, c'est justement mon prochain arrêt. Une petite ville tranquille, où se rejoignent deux rivières, l'Alcoa et la Baça, à l'origine du nom de la localité.
Sa renommée, Alcobaça la doit à son formidable monastère cistercien, un des bijoux d'architecture gothique au Portugal, avec ceux de Batalha et de Belém. Il fut fondé en 1553 par le roi Alfonso I, suite à la reprise de la ville de Santarém aux musulmans. Pour marquer cette victoire, il promet de construire une demeure magnifique pour l’ordre des cisterciens.
Il a été agrandi au fil des siècles et malheureusement pillé par les troupes de Napoléon en 1810.

De l'extérieur, la façade démesurée suscite déjà le respect, avec l'entrée principale qui se fait par l'église Santa Maria. A l'intérieur de l'édifice au style assez dépouillé, les tombeaux du roi Pedro I et de sa maîtresse assassinée Inès de Castro se font face. Une histoire d'amour tragique, qui rappelle un peu celle d'Héloïse et Abélard en France. Pour en savoir, plus, c'est ici:

http://www.bomdiaportugal.fr/pedro-ines-histoire-a... 

Après la Salle des Rois et les statues de plusieurs rois portugais (tiens, certains ont perdu leur tête... sûrement la Révolution?), on passe dans le cloître du Silence, avec ses orangers et au style assez épuré, pour arriver ensuite dans le réfectoire qui possède un imposant pupitre en pierre et un autre élément assez marrant: une porte hyper étroite qui, paraît-il, servait à ''jauger'' les moines trop gros... bon ok, peut-être moins marrant pour eux!
La cuisine vient après le réfectoire; son imposante cheminée carrelée ne passe pas inaperçue. Ici, tout est en pierre, éviers, table, arrivée d'eau, bacs de lavage... Il y a même un petit canal creusé dans le sol qui aboutit à un petit bassin.

Et c'est pas fini! En montant à;l'étage, voici le vaste dortoir dans lequel pénètre une lumière douce, éclairant les piliers et les voûtes. De la terrasse, on profite une belle vue sur le double niveau du cloître. La salle capitulaire termine la visite de ce bijou. J'avouerai néanmoins que Batalha m'aura peut-être un peu plus impressionné. Enfin bon, les goûts et les couleurs...



C'est le monastère qui draine quasi tous les visiteurs à Alcobaça, mais il est judicieux d'explorer les quelques rues piétonnes et les deux mignonnes petites rivières de la ville.
Je vais en profiter pour aller manger (de toute façon, je n'ai pas à passer par la porte étroite du monastère...); j'entre dans un petit resto tout simple et je prends un plat typique du pays: le ''frango na púcara''. C'est du poulet préparé dans un genre de cocotte en terre cuite, appelée púcara en portugais. On y ajoute plein de bons trucs: jambon (ou chorizo), tomates, oignons, carottes, beurre, vin de Porto, ail... ah, un régal, je ne vous dis que çà!

Óbidos

Óbidos est à plus ou moins 40 km de Alcobaça. Par les petites routes, le paysage est agréable sans être extraordinaire. Un peu avant d’arriver à Óbidos, tiens donc, quel étrange édifice! Plus imposant qu’une église, on dirait une cathédrale arrondie; il s’agit en fait du sanctuaire senhor Jesus da Pedra, qui abrite une croix de pierre gravée d’un visage du Christ, d’où le nom.

Óbidos, c’est un gros village médiéval et un des endroits les plus pittoresques à visiter au Portugal. L’arrivée est déjà un spectacle en soi, la route contourne le village, longe les remparts et passe même sous un antique aqueduc. Sur le côté opposé de la route, de grands parkings (attention, payants! Pour se parquer gratos, aller un peu plus loin, à 500m). Vous aurez déjà pigé que celà peut être méga touristique en haute saison; perso je m’en tire pas mal, y a du monde mais ce n’est pas saturé... On entre par un grand porche, décoré d’azulejos, qui traverse la muraille imposante entourant le village. Une fois entré, c’est un petit paradis de ruelles pavées et d’impasses, bordées de ces superbes maisons peintes en blanc et bleu (ou jaune, ce sont les deux coloris qui reviennent souvent) le plus souvent).
Sur la mignonne petite place, le pilori fait face à l’église Santa Maria dont l’intérieur est orné d’azulejos (c’est vraiment une tradition dans le pays!).
Un peu plus loin, l’ancien chateau n’est pas en reste pour impressionner son monde; Il a été reconverti en “pousada”. Une pousada, c’est comme les “Relais et Chateaux” de France et les paradores espagnols: des hébergements de luxe où les tarifs des chambres comportent 3 chiffres…

Et voilà la cerise sur le gâteau: la promenade sur le chemin de ronde de ces terribles murailles, bâties entre le 11ème et le 14ème siècle: 1,5 km de tour quand-même! MAIS la prudence est de mise: même si les points de vue sur Óbidos et les alentours sont magnifiques, le chemin de ronde est étroit, son sol est irrégulier et il n’y a aucune protection genre garde-fou! Donc si tu as le vertige et le pied incertain, vaut mieux pas jouer au héros et rester en bas. Voilà.

Peniche

Je retourne maintenant en direction de la côte, vers Peniche et le Cabo Carvoeiro.
Après avoir longé l’océan bordé de dunes puis de rochers, une petite route en boucle rejoint le Cabo (*cap en portugais) Carvoeiro, dan un paysage de hautes falaises déchiquetées plongeant en à-pic dans l’atlantique. Un coin assez touristique, dommage. Ben justement, voilà un autocar qui s’arrête, laissant débarquer son troupeau pour faire quelques photos (où devrais-je dire selfies??); je vous jure que l’opération descendre - photos - remonter dans le car a duré entre deux et trois minutes. Ah je suis bien content de voyager en solo!

La route en boucle rejoint la ville côtière de Peniche. Oh ce n’est certes pas le coin le plus romantique des côtes portugaises, il n’y a pas de plages comme à Nazaré, mais Peniche a une “âme”, on sent de la vie avec son port de pêche encore bien actif et ses petites rues où se cachent des petits bars de marins. Et les côtes des alentours sont un paradis pour les surfeurs! A voir aussi, la forteresse jaune, construite au 16ème siècle pour assurer la défense du littoral; pour la note historique “sombre”, elle a servi de prison politique pendant la période de dictature de Salazar, et certaines personnalités politiques importantes de la résistance à ce régime ont été emprisonnées ici.

Ericeira

Je reprends ma route vers le sud, direction Ericeira, en essayant de longer au plus près la côte. Sur mon trajet, la jolie plage de Porto Novo se trouve à l’embouchure d’une rivière. Plages et falaises se succèdent jusqu’à Ericeira, un petit port de pêche aux petites ruelles et aux maisons blanches lignées de bleu, perché sur sa falaise. Et je suis veinard, ma chambre louée Airbnb est à 20 mètres des escaliers menant à la plage; au coeur de l’action, quoi… Ericeira compte 4 km de plages dont certaines abritent les meilleurs spots de surf du pays; la plage principale, celle des Pêcheurs (Praia dos Pescadores) se trouve tout en contrebas de la falaise. Assez surprenant comme décor. Les bateaux de pêche sont encore nombreux ici, garés “à sec”, côte à côte, sur la plage ou le long du petit chemin conduisant au port.
Je m’offre une morue grillée dans un bar, je me balade sur la plage et, un peu plus loin, le long de l’océan qui lance inlassablement ses vagues sur les rochers. Jusqu'à ce qu'il fasse noir, et je n'ai pas trop envie d'aller me coucher. Et je n'ai pas entendu parler de couvre-feu, alors...