Monastère de Batalha

e pars ce matin de Costa Nova en direction du sud, en décidant de passer outre Figueira da Foz, trop touristique (c’est un peu le torremolinos portugais!). Non, je quitte la côte pour aller plus à l’intérieur du pays, direction Batalha, une petite ville qui serait banale… si elle n’avait pas son incroyable monastère! Il en jette déjà par sa taille, immense, et par son architecture gothique poussée ici à la quintessence.

Comment est né ce chef-d’oeuvre? A la suite de la victoire du roi Jean Ier (João I) et de ses troupes portugaises aidées des anglais, contre les Castillans de Jean de Castille en 1385. Pour remercier la Vierge de cette victoire, le roi Joao n’a pas fait dans le demi-mesure!
On commence par entrer dans la vaste église, en passant un portail foisonnant de sculptures; à côté de l’église se trouve la “Chapelle du Fondateur” où est enterré le roi victorieux et Henri le Navigateur. Ensuite on passe dans le cloître royal et le cloître Dom Alfonso V, et la Salle Capitulaire, où le tombeau du Soldat Inconnu est gardé par deux militaires relevés toutes les heures et qui ne bougent pas d’un poil (si ils ont une p’tite chatouille sur l’arête du nez... non, je préfère même pas y penser!)! Vidéo sur la relève, par votre serviteur:

https://www.youtube.com/watch?v=CLQMWcq7d6c 

Après les cloîtres, le réfectoire et les cuisines, voici une partie du monastère assez insolite: les “capelas imperfeitas”, 7 chapelles inachevées qui auraient dû servir de panthéon pour le roi Edouard Ier et sa descendance; mais à sa mort, le roi Manuel en arrêta l’édification, préférant être inhumé à Belém, près de Lisbonne. Enfin, elles sont loin d’être “imparfaites”, car les styles manuélin et gothique sont ici à leur sommet!

A l’extérieur, près du monastère, se dresse la statue équestre de Nuno Álvares Pereira, qui fut l’un des principaux artisans de la Victoire de Aljubarrota (* voir plus haut).

Fátima

Une dizaine de km plus loin, Fátima est célèbre grâce à son sanctuaire Notre-dame-de-Fátima, qui est un peu le “Lourdes du Portugal”. Une histoire d’apparitions aussi, justement: en 1917, 3 petits bergers (Francisco, Jacinta et Lucia) ont vu plusieurs fois apparaître la Vierge. Celle-ci leur aurait ainsi révélé “les Trois Secrets de Fátima”.

http://www.projet22.com/religions/christianisme/ar... 

La basilique, où se trouvent les tombeaux des enfants, rappelle un peu celle de Lourdes, et la chapelle des Apparitions (1919) a été bâtie là où les apparitions ont eu lieu. Evidemment, au moment des pélerinages, l’ambiance est ultra-touristique, mais j’ai trouvé que c’était bien moins “bizness malsain” qu’à Lourdes (* voir mon e-tin Pyrénées 2012).

Ourém

En route pour Tomar, je passe par la petite localité de Ourém, je ne comptais pas m’y arrêter, mais quand j’ai aperçu un panneau “Castelo”, j’ai voulu aller voir çà de plus près, j’ai toujours aimé les chateaux… Celui-ci est excentré de la ville, surplombant la ville “médiévale” de Ourém, séparée de son homologue moderne et sans charme créée au 19ème siècle. La distinction est bien nette entre les deux villes, clairement séparées, la colline étant trop abrupte pour que l’on puisse y construire facilement, ce qui a protégé la vieille ville, qui respire encore l’ancien, quasi intact Ca grimpe sec et les petites rues du vieux village sont très tranquilles. Et ce chateau dispose encore de très beaux restes, avec ses remparts et ses puissantes tours du 15ème siècle, intactes. Attention quand-même, pour accéder aux tours et au donjon, c’est possible mais il n’y a aucune protection!

Je quitte Ourém pour Tomar, connue pour son chateau et son couvent de l’Ordre du Christ, un des édifices les plus emblématiques du Portugal et où l’art manuélin atteint vraiment son paroxysme. Mais avant d’y arriver, petit crochet par une route de campagne bordées de champs d’oliviers, pour contempler l’ancien aqueduc dos Pegões, long de 6 km et construit au 16ème siècle pour alimenter en eau ce fameux couvent de Tomar, qui est à 3 km à peine.

Tomar

Me voilà arrivé à Tomar. Une petite ville sympa, Tomar, traversée par une petite rivière et dotée d’un joli réseau de petites rues qui se coupent souvent à angle droit, au milieu duquel s’étale la magnifique Praça da Republica avec son sol en damiers, où se dresse la belle église São João Baptista.
Nombre de visiteurs négligent la ville elle-même, pour foncer directement au chateau et au Couvent. Je ne peux que leur donner à la fois tort et raison “fifty-fifty”!

Deux façons d’y aller, au chateau: en voiture ou à pied, par un petit chemin pédestre alternant avec des escaliers. Je choisis l’option N°2. A la première approche, le chateau impressionne déjà avec son intimidante ceinture de remparts avec des tours rondes; si celui-là est inscrit à l’Unesco, c’est pas pour rien! Il a été construit par l’Ordre des Templiers au 12ème siècle, sur une colline dominant la ville, un endroit stratégique donc. Dans son enceinte se trouve le Couvent de l’ordre du Christ.

Un ensemble de 8 cloîtres différents qui se succèdent, on ne voit pas çà tous le jours dans un couvent! Mais celui que je visite ici est hors-normes. Le cloître du cimetière abrite des sépultures de moines chevaliers; celui des Ablutions s’étage sur deux niveaux, tout comme le cloître principal. Notons encore les cloîtres de Santa Barbara, de Micha et de l’Hotellerie.
L’église, en partie fortifiée, possède en son sein une merveille appelée la “Charola”, une sorte de “rotonde” à 8 colonnes qui s’inspire du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Elle servait d’oratoire aux moines-chevaliers, qui assistaient là à la messe avant le départ pour les Croisades.

Mais la cerise sur le gateau au sein du Couvent, c’est ce qu’on appelle la “Fenêtre de Tomar”, considéré comme LE point d’orgue de l’art manuélin du Portugal. Mais en ai-je déjà touché un mot, du style manuélin? Il doit son nom au roi Manuel Ier, qui au 15ème siècle encouragea ce style si particulier: les colonnes deviennent spirales, les voûtes se couvrent de nervures, et les nombreux motifs (fleurs, animaux…) envahissent le la moindre parcelle de pierre. Mais ce style disparaîtra aussi rapidement qu’il est apparu…

Revenons à cette étonnante Fenêtre: elle fut sculptée entre 1510 et 1513. À partir des racines d'un arbre, soutenues par un capitaine de marine, la décoration grimpe en torsades le long de deux mâts ornés de détails végétaux et marins. Au sommet trônent les emblèmes du roi Manuel Ier et la croix de l'ordre du Christ. La fenêtre est amarrée par des câbles à deux tourelles, entourées l'une d'une chaîne représentant l'ordre de la Toison d'or, l'autre de l'insigne de l'ordre de la Jarretière. Et la mousse qui l’a recouverte au fil des siècles lui donne encore plus de relief.

Superbe visite, à ne pas louper lors d’une visite au Portugal. Pour info, il existe un genre de “pass” à 15€ qui regroupe les entrées au Couvent de Tomar, du monastère de Batalha et de celui de Alcobaça (c’est justement celui que je vais visiter demain, tiens). Les entrées individuelles étant à 7,50€, c’est clair qu’on est gagnant!

Nazaré "Praia".

Après Tomar, je vais regagner la côte atlantique pour faire étape à Nazaré. De Tomar, ça fait à peu près 70 km mais j’ai le temps, j’arriverai en fin d’aprem. Je dois vous dire que, sur la route, les ronds-points ne se négocient pas de la même façon que chez nous: sur un rond-point à 2 bandes, on utilise la voie de droite seulement si on prend la première sortie. Pour sortir aux suivantes (même si la 2ème sortie est aussi à droite!), on se met sur la voie intérieure du rond-point. Très déroutant au début quand on connaît pas les usages! D’autant plus que les portugais et les clignotants, ben c’est pas vraiment une histoire d’amour, vous voyez ce que je veux dire? Mais on s’y accoutume vite.

Nazaré! Un vieux village de pêcheurs qui s’est bien reconverti en station balnéaire. La partie “basse”, avec sa large et superbe plage de sable fin, fait face à l’océan atlantique. Le port de pêche s’est un peu excentré, mais pour les traditions d’autrefois (comme les bateaux hissés sur la plage par des boeufs), y a plus que les cartes postales pour en témoigner . Même la criée aux poissons se fait avec des boitiers électroniques! Les femmes en costume traditionnel, c’est pour les touristes, désolé!

La rue qui longe la longue plage est dédiée aux activités touristiques; boutiques de souvenirs, d’articles de plage et restaurants touristiques font leur loi. Mais dans les petites ruelles en “arrière-plan” si je puis dire, on trouve encore -en cherchant bien - des petits restos typiques et pas chers où on mange fort bien. C’est l’un d’entre eux que j’ai découvert, en soirée, avec pour seuls clients des vieux du quartier qui jouent aux cartes et qui parlent fort, et une tv qui marche dans un coin… Tiens pas de foot, pour une fois! Je prends une “açorda de mariscos”, du pain mélangé à de l’ail, de l’huile, des oeufs, de la coriandre pour en faire un genre de “purée”, puis on y ajoute crevettes, palourdes et autres fruits de mer. On a intérêt à prendre une “meia dose” (demi-ration) plutôt qu’une ration entière; même la demi- ration est difficile à terminer, c’est pour dire… Mais c’était un sacrément bon repas!

Mais je ne ne passe pas la nuit “en bas”, j’ai choisi le quartier du Sitio, celui qui est tout en haut de la falaise. Les deux parties de la ville sont reliées par un petit funiculaire sympa. Pour les plus courageux, il y a aussi un petit sentier.

Nazaré "Sitio"

Le Sitio est un quartier plus calme, avec des rues plus tortueuses et offre surtout un panorama phénoménal sur l’océan et la plage en contrebas. Sur la place principale, le santuário de Nossa Senhora da Nazaré abrite de beaux azulejos et le tableau qui évoque la légende du roi Alfonso I: poursuivant un cerf dans le brouillard, il s’approcha dangereusement du bord de la falaise et fut sauvé par l’intervention de la Vierge, qui arrêta son cheval à temps; le pauvre cervidé n’eut pas cette chance et fit le grand - et fatal - plongeon. Sur la peinture, il a vraiment l’air étonné de ce qui lui arrive!

Plus loin, à l’écart du Sitio, le phare fait face à l’océan avec un point de vue à couper le souffle; en bas, la Praia do Norte (“plage du Nord”) est beaucoup plus sauvage et moins fréquentée. C’est sur cette plage que je vais faire ma promenade “digestive” du soir. Quelques pêcheurs à la ligne font face à l’océan, qui lance toujours ses vagues puissantes; les grains de sable s’envolent et se mêlent à l’écume, brouillant l’horizon; les premières lumières du Sitio s’allument. Encore une belle journée qui s’achève!