Centre-ville de Funchal.

Hé oui, c’est aujourd’hui que je m’envole pour l’île de Madère! De bonne heure, je prends la ligne de métro jusqu’à l’aéroport de Lisbonne. J’ai de la marge, le vol part vers 10 heures, et je gagne toujours du temps, n’ayant qu’un bagage à main. Lisbonne possède un aéroport moderne et étendu sur deux terminaux, et la compagnie aérienne principale du pays est la TAP Portugal C’est justement avec un de leurs avions que je décolle pour Funchal.

Le vol dure un peu plus d’une heure et demie, après avoir survolé l’Atlantique, voici l’archipel de Madère qui se profile à l’horizon. Les atterrissages à Madère ont souvent une mauvaise réputation à cause des coups de vent parfois violents qui déstabilisent les appareils; mais c’est ok, ça se passe bien avec un bel atterrissage en douceur. Et pas d’applaudissements, ça fait du bien aussi…

Madère, ce n’est pas qu’une seule île, c’est un archipel: l’île principale se nomme Madère (logique), Porto Santo se trouve à quelques dizaines de km, on trouve aussi les Ilhas Desertas ou Îles Désertes, sanctuaire pour les oiseaux marins et donc inhabitées, et enfin les Îles Selvagem, qui bien que faisant partie de la région de Madère, sont plus proches en distance des Îles Canaries. A Madère, on se trouve à environ 1000 km de Lisbonne, un peu plus de 600 km des côtes marocaines, et à 500 km à peine des Canaries.

L’aéroport, plus modeste que celui de Lisbonne, est tout de même à 18 km de la capitale, Funchal; heureusement, il existe une ligne de bus “express”, l’Aerobus, qui fait le trajet en un peu plus de 30 minutes, pour 5€. On passe sous les piliers soutenant les pistes d’atterrissage de l’aéroport, rallongées de 1600 m à 2781 m en l’an 2000. 180 piliers quand-même! Avant, les décollages et atterrissages étaient un peu “justes”! La nouvelle piste, construite en partie sur la mer, est un ouvrage imposant.
La voie rapide, tout en courbes, longe l’océan au plus près; on devine déjà le relief bien montagneux de l’intérieur de l’île. Les habitations sont étagées sur plusieurs niveaux, et ce qui frappe aussi c’est l’absence de plages, Madère étant surtout une île montagneuse d’origine volcanique sortant des eaux. Des plages, il y en a, mais très peu sur l’île, pour voir une vraie plage de sable fin de plusieurs km, il faut aller sur Porto Santo!

Me voici enfin arrivé à Funchal, je descends à deux pas du centre-ville. Joli nom, Funchal, hein? Celà vient du mot “funcho”qui signifie fenouil en portugais. Lorsque les premiers Portugais ont découvert l'île de Madère au 15ème siècle, du fenouil sauvage poussait abondamment à l'emplacement de la ville actuelle. Ceci explique celà! Et l’île de Madère a été découverte en 1419 par les navigateurs portugais Tristão Vaz Teixeira et João Gonçalves Zarco qui ont surnommé l'île “Madeira” , signifiant “bois” en portugais, en raison de l'abondance de cette matière première sur l’île.

Première impression: le calme, la tranquillité. Oui, il y a de la circulation, mais on est loin de la frénésie de ce que j’ai pu voir à Palma de Mallorca ou à Las Palmas de Gran Canaria. Et il n’y a pas de boutiques de souvenirs tous les 10 mètres. Après avoir franchi une petite rivière qui coule comme mon petit doigt, je pénètre dans le centre de Funchal.Les petites rues du centre-ville sont souvent pavées, et les trottoirs sont ornés de calçadas” comme on en trouve au Portugal. Les habitations arborent souvent de charmants volets verts. Mon petit hôtel est tout près de la cathédrale, j’en profite pour aller la voir; bâtie au 15ème siècle, elle est de style gothique mais l’art manuélin y est aussi présent; sa façade est sobre, où on voit le crépi blanc contraster avec le basalte noir.
La Praça do Municipio n’est pas loin, avec son Hôtel de Ville, l’ancien Collège des Jésuites (actuellement l’université de Madère) et l’igreja do Colégio. Un riche musée également, le museo de Arte Sacra, consacré à l’art...flamand! C’est le fruit des bonnes relations commerciales qu’eurent autrefois les madériens et les flamands.

Funchal: Avenida do Mar et front de mer

Avant de poursuivre mon exploration de la ville, je vais manger une petite spécialité de l’île, façon “snack”: le bolo do caco. c’est un petit pain rond, préparé à base de farine et de patate douce. Il est servi chaud, découpé en petites parts, avec du beurre à l’ail, et peut s’accompagner par exemple de chorizo ou de fromage. Mais même avec rien que le beurre, la couche croustillante et l’intérieur qui fond dans la bouche… c’est tout con comme recette, mais c’est trop bon!! “Bolo” signifie “gâteau” et “caco” évoque la plaque de roche volcanique utilisée traditionnellement pour cuire cette petit merveille. Mais aujourd’hui (technologie oblige !), des plaques en fonte, des poêles en fer ou un four font très bien l’affaire! Et comme boisson, rien de tel qu’un verre de la bière de Madère, la Coral. Attention,en France c’est plutôt une marque de lessive, donc...ça a pas le même goût, quoi.

Après le centre-ville, l’Avenida Arriaga, bordé d’arbres appelés jacarandas, rejoint la parc Santa Catarina. On passe près du superbe bâtiment de la “banco do portugal”, à l’architecture monumentale, et en face se dresse la statue de Zarco, un des découvreurs de l’île. Le parc est vaste, fleuri, et offre une vue de rêve sur la baie de Funchal et, au loin, sur les Ilhas Desertas.

Le port de plaisance de Funchal est assez vaste, mais pas “bling-bling” comme à Ibiza ou à Saint-Trop’; quelques bateaux de croisière s’arrêtent aussi à Funchal, ainsi que le ferry qui fait l’aller-retour une fois par jour à Porto Santo, distante de 70 km. Près du port, un petit musée, dédié à une superstar née sur l’île en 1985. En plein Euro 2016, c’est quasiment un demi-dieu ici: hé oui, Cristiano Ronaldo est né à Funchal! Il a même sa statue face au musée! Je te dis pas le nombre de selfies par jour qu’il doit se coltiner…
Après le centre commercial Marina, l’Avenida do Mar longe l’océan; c’est une très belle promenade piétonne à faire. Les principales stations de taxis et arrêts de bus s’y trouvent. Le réseau de bus est très bien foutu, il y a beaucoup de lignes qui partent dans tous les sens, mais il faut dire que certains bus ne sont plus de première jeunesse...

Funchal: mercado dos lavradores

Un truc qui attire beaucoup de touristes à Funchal, c’est le mercado dos Lavradores ou marché des Laboureurs. Construit en 1937 avec le style d’architecture “Estado novo” (état nouveau, en pleine période fasciste sous Salazar… ben oui), il fut inauguré en 1940.
L’entrée monumentale laisse place à une multitude d’étals plus colorés les une que les autres: marché aux poissons, fleurs, légumes, fruits, dont certains assez exotiques comme mangues, papayes, fruits de la passion (appelés ici maracujas), ou encore plus curieux tels l’anone, qui ressemble à une poire ronde bosselée, à la pulpe blanche très juteuse et sucrée. Ou encore le cériman, comme qui dirait un hybride entre la banane et l’ananas, de par sa forme et son goût (gaffe, si il n’est pas mûr, il peut s’avérer toxique!).

Oh oui c’est magnifique, on a envie de tout acheter, tout goûter. Mais toute médaille a son revers. C’est un endroit hyper touristique, et certains vendeurs, sans scrupules, sont devenus des pros pour plumer les pigeons qui veulent bien mordre à leur hameçon.
A force de voyager, je suis devenu méfiant sur certains lieux comme celui-ci, et j’observe.
C’est bien rôdé comme technique: grands sourires, on fait goûter des morceaux de fruits dans des raviers (j’apprendrai plus tard qu’ils y ajoutent du sucre pour sublimer le goût!); mmhh, comme c’est boon!! Allez, on achète un cériman, deux ou trois anones? Ouaiis, on va se régaler… Trop tard, le poisson est ferré, voilà le moment de découvrir la p’tite note! J’ai fait semblant de rien et demandé à un couple combien ils avaient payé leurs quatre fruits… 14,50€!! Je revois encore leur air dépité. Ok, message reçu. Un vendeur qui “’alpague” le client et qui en fait des tonnes, mauvais plan. Alors, la parade: ne pas acheter au premier qui vous fait goûter un fruit, mais prendre le temps de faire le tour des étals et trouver le vendeur discret et honnête qui offrira un bien meilleur rapport qualité-prix! Renseignements pris près de certains habitants, il semble que les vrais prix “locaux” se pratiquent à l’étage du bas, qui est d’ailleurs davantage fréquenté par les habitants de Funchal, contrairement à l’étage du haut qui serait quant à lui le théâtre de nombreuses arnaques.

J’ai “cassé le mythe”? Celà se peut, mais cette mise en garde me paraissait indispensable pour qui pourrait avoir l’occasion de visiter ce marché. Et j’insiste que c’est le fait de seulement quelques marchands véreux, et que ça ne reflète en rien l’attitude en général des madériens. A bon entendeur….

Funchal: la vieille ville

Pas loin du marché s’étend la “Zona Velha” ou vieille ville de Funchal, le plus vieux quartier de la ville. C’est un quadrillage de petites ruelles pavées bordées de maisons du 17ème siècle, et certaines ont encore des barreaux de fer à leurs fenêtres, qui servaient à se protéger des attaques des pirates. Ce quartier historique de Santa Maria a une autre particularité:, Joao Carlos Abreu, ex-secrétaire au Tourisme de Madère, a eu l'idée, pour "revitaliser" le quartier le plus ancien de la ville, de faire peindre des vieilles portes d'entrées par des artistes connus ou inconnus de l’île. C’est original, très diversifié et parfois marrant. Mais ce coin est devenu aussi très touristique, comme en témoignent ces restos aux menus “polyglottes” avec des rabatteurs parfois lourdingues des rues santa Maria et Dom Carlos I. Mais il y a toujours trouver plus de quiétude dans des rues plus excentrées du vieux quartier, avec des petits bars plus authentiques.

Dans le prolongement de la Rua Santa Maria, le fort Sao Tiago a été construit au 17ème siècle en tant que forteresse pour défendre le port de Funchal contre les attaques de pirates, et abrite désormais le musée d’art contemporain. Et à quelques pas, la petite chapelle de Corpo Santo fut construite par les pêcheurs locaux pour adorer leur saint patron, São Pedro.

Monte

C’est clair que la la ville de Funchal est très sympa, mais sur les hauteurs, à 600 m d’altitude, s’étale le petit village de Monte, avec ses magnifiques “quintas” et ses jardins.
Pour y aller, les courageux peuvent le faire à pied, mais il existe un moyen plus cool de grimper jusque là: le téléphérique! Inauguré en 2000, il fait un peu plus de 3 km de long pour un trajet de 15 minutes; autrefois c’était un train à crémaillère qui assurait la montée, mais son activité a cessé en 1943. Il faudra compter 15€ pour un aller-retour. La traversée au-dessus des toits de Funchal, avec l’océan et le port en arrière-plan, est un régal.

Je ne visite pas le Jardin Tropical, faute de temps; il fait partie du Monte Palace, autrefois résidence d’un consul anglais puis hôtel de luxe, aujourd’hui repris par la fondation José Berardo, un homme d’affaires portugais qui a fait fortune en Amérique du Sud et détenteur d’une grande collection d’art.
Le jardin lui-même est une splendeur, avec ses innombrables espèces de plantes, certaines n’existant que sur l’île de Madère; on découvre aussi un jardin japonais avec des grosses carpes koï.

Un peu plus haut, voici l’église de Monte, avec son mélange de chaux blanche et de basalte noir, qui offre une vue sur la baie de Funchal à couper le souffle.
Juste en contrebas, de curieux équipages attendent d’embarquer des passagers: des paniers en osier à deux places, montés un peu comme des traîneaux, manoeuvrés par deux hommes en blanc, coiffés de chapeaux de paille et chaussés de grosses bottes. Ce sont les “carros de cesto” (*paniers d’osier en portugais), qui offrent une poussée d’adrénaline à leurs passagers durant la descente des rues en pente de Monte; les deux conducteurs dirigent l’engin en utilisant une corde reliée à l’avant du panier pour tourner, et les semelles de leurs bottes (doublées de morceaux de pneus!) pour ralentir dans cette descente de ouf.
Autrefois, les carros de cesto étaient utilisés par l’aristocratie madérienne pour descendre à Funchal.

Bon ben, désolé mais je ne l’ai pas faite, cette descente. Déjà c’est devenu plus un “bizness” touristique qu’une tradition, et les gars ont des astuces pour alléger le porte-monnaie des touristes en mal de sensations! La descente, de 5 à 10 minutes, coûte la bagatelle de 30€ pour 2 personnes, sans compter le pourboire demandé par les conducteurs. En bas, des taxis sont aux aguets pour remonter tout ce beau monde au point de départ pour 20 le trajet (court). Autre détail: pendant la descente, en rue, un gars prend une photo du panier,et comme par hasard on le retrouve en bas, sorti de nulle part, proposant aux passagers d’acheter la photo déjà imprimée et encadrée! Waouh, un beau souvenir pour seulement... 10€! Faites le total… Voilà, c’est dit.

Jardin Botanique de Funchal

300 mètres plus loin que le téléphérique de Funchal, un second téléphérique me conduit au Jardin Botanique (Jardim Botanico). Bon dieu, cet endroit est magique, sublime! Sur une surface de 8 hectares, regroupées par thèmes, des centaines de plantes exotiques ou endémiques de Madère: paliers, cactus (certains d’une taille incroyable), orchidées, magnolias… C'est aussi un lieu d'étude pour les scientifiques, il comporte également un petit musée d'histoire naturelle.

Alors pour redescendre sur Funchal, soit le bus (ligne 31, si je me souviens bien), soit à pied, par des petites ruelles à la pente très prononcée; les voitures qui s’y garent n’ont pas intérêt à avoir des soucis de freins! Je descends à pied, en 20 minutes je rejoins la vieille ville. Mais attention, ça tire dans les mollets de freiner en permanence son élan dans la descente…

Le soir est déjà tombé, il est temps de goûter à une petit spécialité de Madère. J’ai déniché un petit resto hors des rues attrape-touristes, et je vais me goûter une espetada. C’est une grosse brochette de boeuf tendre, frottée à l’ail, cuite à la braise et traditionnellement enfilée sur une branche de laurier. C’est soit servi à même l’assiette, ou suspendue à la verticale par une pique en métal. En guise de dessert, ce sera un “pudim de maracuja”, un genre de pudding avec des oeufs, du sucre, de l’écorce d’orange et du lait de maracuja (*fruit de la passion). Une tuerie, ce truc! J’ai bien mangé, mais dans l’après-midi, j’avais repéré un petit bar, c’est là que je poursuis ma soirée, car je voudrais goûter un truc typique de l’île.
Ce “truc”, c’est la poncha. C’est, avec le vin de Madère, la boisson typique et populaire de l'île, préparée avec de l’eau-de-vie de canne à sucre (l’industrie de la canne à sucre est encore bien présente sur Madère), du miel, et du jus de citron ou de fruit de la passion. J’en bois un de chaque, et je termine la soirée en “traînant” sur le front de mer, avec le ciel étoilé et les lumières des habitations étagées sur les collines en toile de fond. Celà s’appelle finir une journée en beauté.

Excellente impression sur cette petite ville de Funchal, qui dans l’ensemble ne se prend pas la tête et n’a pas encore cédé au “bling-bling”, encore qu’il faille faire gaffe à certaines entourloupes pour pigeonner les touristes, comme le marché ou les traîneaux d’osier.