Porto

J'arrive à l'aéroport de Porto en tout début d'après-midi, après un vol de deux petites heures.
L'aéroport Francisco Sá-Carneiro se trouve à 11 km du centre de Porto, le moyen le plus facile pour s'y rendre est la ligne de métro E (qui ressemble quand-même plus à un tramway); trajet d'environ 40 minutes, car beaucoup de stations sont desservies. Pour voyager, il faut acheter une carte rechargeable appelée ''Andante'' et choisir sa zone pour payer le bon tarif. Celà peut paraitre un peu chinois au premier abord, mais no panic, des agents postés près des automates aident les usagers à s'y retrouver.

C'est la première fois que je vais au Portugal. Pour situer le pays, rien de compliqué: vous voyez l'Espagne? Le pays à sa gauche, qui borde l'océan Atlantique, c'est lui. Il fait partie de la Péninsule Ibérique. Il est divisé en plusieurs régions, auxquelles on peut ajouter les régions autonomes de Madère et des Açores. Langue officielle: le portugais; les mots ne sont pas trop difficiles à apprendre, mais la bonne prononciation ne s'attrape pas en deux jours! Sinon, l'anglais et le français sont bien parlés et compris dans les grandes villes (en rase campagne, c'est moins évident!).
Le nom "Portugal" provient d'une localités fondée sur le fleuve Douro au temps des Romains : Portus Cale... (l'actuel Porto) qui donna son nom au « Portugal ».
Oui, encore un p'tit détail: il y a un décalage d'une heure entre le Portugal et la France: midi en France, 11h au Portugal!

Eh bien, me voilà à Porto, je descends à la station de la gare de São Bento. Et ça commence sur les chapeaux de roues, elle est incroyable cette gare! Les murs du hall de la gare sont recouverts d'azulejos, ces petits carreaux de faïences que j'avais déjà rencontré en Andalousie, et qui se sont développé au Portugal par après. Les azulejos de la gare représentent de nombreuses scènes folkloriques du nord du Portugal, ainsi que des scènes historiques.

Première impression sur la deuxième ville du pays: la ville s'étage sur plusieurs niveaux, la cathédrale se profile au loin, mais les rives du Douro ne sont pas encore visibles. Beaucoup de circulation aussi, et de nombreux drapeaux portugais accrochés aux fenêtres et balcons. C'est vrai, je tombe en plein Euro 2016, moi. Ma petite chambre de location pour 2 jours se trouve au cœur du ''vieux Porto''. Des rues pavées (parfois casse-gueule, ces pavés..;), en pente, bordées de maisons accolées, étroites et assez hautes (souvent 4 étages, parfois même 5). De temps en temps, du linge sèche à un balcon. Bien que certaines soient décorées d'azulejos, d'autres ont moins fière allure et sont parfois délabrées et à l'abandon.

Des petits groupes folkloriques musicaux, avec danseurs, parcourent la ville, je ne sais pas pour quelle occasion. Mais allons voir de plus près la Torre dos Clérigos (Tour des Clercs) , avec son église du même nom. Cette tour de granit (18ème siècle) de 76 mètres de haut est la plus haute église du Portugal. On peut monter au sommet pour voir en passant le formidable carillon de 49 cloches, et jouir d'une vue panoramique sur Porto et le Douro. Attention, sur les derniers mètres, c'est trrrès étroit, si deux personnes corpulentes se croisent, c'est galère! C'est vraiment à l'opposé de la Giralda de Séville...

Un peu plus loin que la Torre dos Clérigos, l'igreja do Carmo (église des Carmes) affiche la plus grande façade d'azulejos de Porto. Tout à côté, les départs des vieux tramways proposent des balades en ville. Mais pour ça, j'attends d'être à Lisbonne. En descendant par la Rua das Flores, piétonnière et très agréable, j'atteins la cathédrale (Sé en portugais) à travers un lacis de ruelles minuscules où le linge est mis à sécher sur des fils attachés de part en part des maisons.
La cathédrale de Porto, d'apect massif, fait plutôt penser à une forteresse, et ne gagnera certainement pas le prix de beauté des cathédrales. En revanche, son cloître aux voûtes en granit et décoré d'azulejos est franchement beau. Sur la place de la cathédrale, le Palais Episcopal du 14ème siècle côtoie un pilori torsadé.

La soirée promet d'être animée, au vu du nombre de supporters en écharpe convergeant vers les écrans géants: le Portugal joue aujourd'hui contre l'Autriche, match assez monotone qui se soldera pas un 0-0. C'est pas l'euphorie chez les spectateurs... Heureusement il ne fait pas trop chaud, si je compare à l'Andalousie de l'année précédente ! Allez, moi je rentre me pieuter.

Le lendemain matin, en route pour le quartier de la Ribeira (la ville «basse») et les rives du fleuve Douro. Le Douro, je l'avais déjà croisé il y a 2 ans, en Castille-et-Leon, il n'était encore qu'un modeste cours d'eau. En entrant au Portugal, il prend alors toute sa splendeur dans la vallée du Douro avant de traverser Porto et de se jeter dans l'océan Atlantique au terme de ses 897 km.
C'est un dédale de ruelles très anciennes, sinueuses et étroites, et les maisons bigarrées, parfois quelque peu décrépites, bordent la rive droite du Douro. Sur les quais, des ''barcos rabelos'', ces bateaux qui servaient autrefois à l’acheminement du vin de Porto depuis les vignobles jusqu’aux chais, ont été pour la plupart restaurés pour transporter les touristes pour une croisière sur le fleuve.
Des ponts impressionnants franchissent le Douro; entre autres, le pont Dom Luis I, construit entre 1881 et 1886 NON PAS par Gustave Eiffel mais par son disciple Théophile Seyrig; 385m de long pour 45m de haut. Il possède deux niveaux: l'inférieur est utilisé par les voitures et les piétons, le supérieur pour le métro, mais les piétons y ont accès aussi, soit par les rues au-delà de la cathédrale, soit par un chouette petit funiculaire.

Vila Nova de Gaia

Il est temps maintenant de se rendre ''en face'', sur la rive opposée du Douro, à Vila Nova de Gaia. Et la meilleure façon c'est en franchissant le pont Dom Luis I par sa partie supérieure, d'où la vue sur Porto et ses innombrables toits rouges est sublime!

Le nom de Vila Nova de Gaia est moins connu que sa voisine d'en face, et pourtant c'est là que se trouvent les nombreux chais où vieillit et est mis en bouteilles le vin portugais le plus célèbre: le PORTO! De nombreuses caves (une bonne quinzaine) de certaines grandes marques, d'autres moins connues, sont ouvertes à la visite: Graham's, Taylor's, Croft, Ramos Pinto, Sandeman (oui, le mec au chapeau)...

Mais un mot sur le Porto: c'est un vin ''muté'', sa fermentation est arrêtée par un ajout d'eau-de-vie pour en augmenter la teneur en sucres; il est produit uniquement dans la région du Haut-Douro, à 100km à l'est de Porto, entre Peso da Régua et l'Espagne. En fait, suite à l'embargo ordonné par Colbert (ministre de Louis XIV), Charles II d’Angleterre ordonne l’arrêt de l’importation des vins français. C'est con çà, les anglais adorent les vins français... Ils vont alors lorgner vers leur vieil allié militaire: le Portugal, qui produit du bon petit vin. Mais problème: le vin supporte mal le voyage en bateau! C'est alors qu'un marchand anglais a l'idée géniale d'en augmenter le degré en ajoutant de l'eau-de-vie de vin pure. Le tour est joué! C'est pour çà aussi qu'il y a autant de maisons de Porto britanniques. Pour ma part, j'en ai visité deux: Graham's et Croft. Visites guidées autour des tonneaux et des barriques, tout cela suivi de la touche finale magique: la dégustation!

http://www.douro-vins.fr/le-vignoble/tout-savoir-s... 

Il fait un peu plus chaud qu'hier, je longe les quais du fleuve et retraverse le pont mais par le bas, où les voitures passent aussi.

Le soir, je me balade au hasard dans les vieilles rues et entre dans un petit resto local qui fait un peu cafétaria. Je prends une ''francesinha''. Comment expliquer? C'est comme un croque-monsieur mais ''customisé'': tranches de pain avec morceaux de bœuf, mortadelle et parfois saucisse, recouvert de fromage fondu genre gruyère, le tout nappé d'une sauce piquante et encore recouvert d'un œuf! Voilà la bête! Accompagné d'une bonne bière, ça cale bien. Bonnes petites bières, au Portugal; les deux grandes marques sont super Bock (plus dans la partie nord) et Sagres dans le sud.

Il y a encore du foot ce soir. Après manger, au hasard de ma balade, me voilà dans une petite rue pavée, je vois un petit attroupement autour de tables bancales chargées d'assiettes de charcuteries et fromages. Les habitants de la rue se retrouvent entre eux pour un intimiste casse-dalle; juste en face
un petit bar de quartier: aucune enseigne,3 tables, un vieux billard et une vieille tv. Trop belle occasion, j'entre, commande une bière, et une femme qui était dehors vient me parler tout sourire. Mon portugais étant faible, je baragouine un peu en disant d'où je viens, elle parle un peu français, c'est inattendu! Apparemment je suis le bienvenu, ''le voisinage ici c'est comme la famille'' me confie-t-elle; elle m'apporte plus tard un petite assiette de saucisson. Je regarde le match (France contre... tiens je sais plus) au comptoir, avec les vieux de la rue. Je la tiens, ma première rencontre avec des vrais portugais!

Je quitte Porto demain, en route pour la vallée du Douro!

La Vallée du Douro

Ce matin, je retourne vers l'aéroport pour prendre possession de ma voiture de location qui m'accompagnera durant 8 jours. Quel sera mon destrier cette année? Une Renault Clio 4, ça c'est trop fort, c'est ma voiture personnelle (à part que celle-ci est rouge, la mienne blanche).

Avant de rejoindre le Douro et sa vallée, il faut se farcir quelques portions de voies rapides, sur une distance de 20 km. Au bout d'une heure le douro apparaît enfin, je vais d'abord le longer sur sa rive droite. Oh, il n'a pas encore l'allure majestueuse qu'il arbore lors de sa traversée de la vallée viticole, mais au fil de la route, ses bords vont se couvrir d'arbres, son cours dessiner de larges méandres au milieu d'un relief qui va commencer à devenir plus escarpé, plus montagneux. Des bateaux de croisière le sillonnent, soit remontant son cours, soit descendant sur Porto.

Lamego

Ayant franchi le Douro, me voilà à présent sur la rive gauche du fleuve, dont je vais m’éloigner momentanément pour aller visiter Lamego, un peu au sud de la vallée. Mais avant, petit tour au supermarché pour acheter 2 ou 3 packs de bouteilles d’eau pour le voyage. C’est un peu comme chez nous: Lidl, Intermarché, mais aussi plus local comme Continente Modelo, Jumbo ou Pingo Doce.

Lamego est une petite ville sympa avec un centre ancien et une petite rue qui monte vers le vieux chateau. Sa cathédrale n’est pas immense, mais son portail sculpté et son joli cloître méritent qu’on s’y attarde un peu.
Mais le “must” de Lamego, c’est le Santuário de Nossa Senhora dos Remédios (“Notre-Dame-des-Remèdes), accessible via un monumental escalier double de plus de 600 marches; les murs de soutènement de ces escaliers sont ornés d’azulejos. La montée peut être éprouvante par temps chaud, mais quelle vue plongeante sur la ville!

Je vais maintenant rejoindre la vallée par des petites routes à travers les vignobles, certains sont très en pente et nécessitent encore les vendanges manuelles plutôt qu’à la machine. Aux environs de Lamego, je visite une quinta, une exploitation viticole, au bout d'un petit chemin en surplomb du Rio Távora, jolie petite rivière et affluent du Douro. La Quinta do Panascal, perdue au milieu de ses vignobles, produit différents vins de Porto.

Pinhão

Je rejoins le Douro à Peso da Régua, ville très passante, grands parkings moches et pas mal de circulation; mais un petit stop n’est pas à négliger car le centre-ville possède quand-même quelques rues calmes et une belle église. Peso da Régua et le vin sont étroitement liés: c'est d’ici que les barriques de vin étaient transportées en bateau jusqu'à Vila Nova de Gaia, où le vin vieillissait dans les caves.

La route de Peso da Régua à Pinhão est un délice; on peut souvent quitter la route principale longeant le fleuve pour prendre de la hauteur vers les miradors installés en surplomb de la vallée, et profiter de vues panoramiques incroyables. a certains moments, ça me rappelle la vallée du Rhin en Allemagne, de Rüdesheim à Koblenz (ça fait un bail que j’y suis allé, tiens…). J’arrive à Pinhão, petit village qui s’étale le long du Douro, dans lequel une petite rivière se jette. Je mange un morceau ici, dans un petit bar, face à la petite gare qui déborde d’azulejos. C’est clair que le Portugal et ces petits carrés de faïence, c’est “raah lovely”!!

Mais l’après-midi s’achève, et je ne suis plus loin de mon étape de cette nuit. Par une petite route qui monte, monte, je m’arrête quelques instants à Casal de Loivos, un vrai village viticole tout en haut de la vallée, avec des rues pentues et grossièrement pavées, et d’où la vue sur le fleuve est “too much”! A peine 1 km plus loin, voici mon point de chute, une petite chambre d’hôtes dans le minuscule village de Vilarinho de Cotas. Là, je ne suis vraiment entouré que de vignobles, ondulant à perte de vue; et ce petit village, composé d’une longue et unique rue moitié pavée moitié chemin de terre, et de quelques sentiers se perdant dans les vignobles, est d’une tranquillité absolue! A un endroit, on voit même un bout du Douro au loin! Je prends mon temps durant ma petite balade du soir, la lune se lève déjà là-bas au loin… tiens, venant d’une maison, ou d’un jardin, je sais pas, j’entends un air d’accordéon… un air traditionnel portugais je suppose. L’odeur des vignes, une petite brise, cette musique… c’est beau tout simplement, je suis bien. Que voulez-vous que je dise d’autre?